Conte
de la Lune et du Soleil
A vous qui, comme moi, ne parvenez pas à trouver le sommeil,
je vais conter une histoire. L'histoire du Soleil et de la Lune.
Fragments de Lumière, le peuple d'Ossé
En un temps oublié, il y avait un archipel d'îles
perdues au milieu de l'océan, les Osséides. Ces
îles et ses habitants étaient chéris
par le Dieu de la mer Ossé. Un jour ancien, Ossé
avait posé ses doigts bleus sur le peuple de ces
îles et il leur avait laissé sa marque sur la
peau, leur octroyant le pouvoir de vivre autant sur terre que dans
l'eau. Depuis ce jour, les Osséans vivent heureux dans leurs
îles et leurs flots bleus, à l'abri des dangers de
l'extérieur.
Belle histoire, belle histoire,
Fragments de lumière qui dansent sur l'eau
Noire
Qui sont les Osséans? Sont-ils elfes, nains, humains ou
hobits? Ils sont tout cela. Autrefois ces peuples vivaient
séparés, mais ils sont devenus un en devenant le
peuple d'Ossé. Regardez ce beau mélange,
regardez-les vivre en paix, peu soucieux de leur
différences. Des races anciennes, seuls existent encore les
Anciens Elfes à la vie éternelle. Depuis le
début, ils n'ont pas changé et vivent entre eux
sur l'île de Lohrin, couverte d'une verte foret. Sur les
autres îles les arbres sont devenus rares à
l'époque où se passe cette histoire. A la place
ont poussé des colonnes, des étais et des
plateformes, soutenant des maisons innombrables, entassées
les unes sur les autres jusqu'à former une montagne. Au
sommet de cette montagne vivent les Nobles, à sa base les
plus miséreux, et toutes ses entrailles fourmillent de
galerie et d'êtres vivants.
Belle histoire, belle histoire,
Fragments de lumière qui dansent sur l'eau
Noire
Sur l'île d'Algos, plus on est bas, plus on est pauvre, mais
aussi, plus on est près de la mer. Au bord de l'eau, sous le
quartier des Artisans, le Quartier des Ports vibre d'une vie
animée. Poissons, algues et crustacés offerts en
abondance par la mer passent dans les mains des pêcheurs
avant d'être distribués largement dans toute
l'île. Nul n'a jamais souffert de la faim dans cette ville,
il y a largement de quoi nourrir tout le monde. Ce qui manque, c'est la
place.
Quelques gamins courent le long du quai , plongent dans l'eau sombre et
éclaboussent au passage trois autres enfants qui jouaient
non loin. La petite fille blonde secoue la tête avec
colère. Elle est fine et possède les traits
caractéristiques des elfes: oreilles pointues, yeux
scintillants d'étoiles. Une solide musculature vient
s'accrocher sur son ossature fine et joue sous sa peau brune. Son nom
est Pyronée. Les deux autres enfants secouent leur cheveux
noirs et coupés courts pour en faire tomber les gouttelettes
d'eau. Il y a là un garçon et une fille, des
jumeaux un peu plus jeune que Pyronée. Jumeaux presque
parfait, mais il est elfe, elle est humaine. Bien que leurs yeux aient
la même couleur bleue sombre, les étoiles brillent
en nombre dans ceux de Tial, et peu brillent dans ceux de Yuuki. Il est
elfe éternel aux oreilles pointues, elle est humaine
éphémère aux oreilles rondes, mais ils
sont frères et sœur, inséparables.
La petite Yuuki retient Pyronée qui voudrait se jeter dans
l'eau à la poursuite des gamins farceurs leur donner une
leçon. Elle secoue la tête de droite et de gauche
avec un regard suppliant.
Pyronée: "Yuuki, si tu les laisses t'embêter sans
réagir, il vont continuer."
Tial: "Il faut qu'on rentre, Maman va faire le dîner."
Ramassant leurs cailloux brillants, les trois enfants remontent dans
les couloirs de l'Assemblage. Ils ne remontent pas bien haut,
jusqu'à une petite ruelle en bordure. Là deux
toute petites demeures adjacentes, au milieu d'autres semblables.
Pyronée entre dans celle de gauche, Yuuki et Tial dans celle
de droite; ils sont voisins. Comme toutes les habitations de cette
ruelle, il n'y a que deux pièces chez les Mau: une
pièce principale où on mange, fait la cuisine, et
une tout petite chambre avec un lit à étage
d'enfants. Les parents dorment dans la pièce centrale.
Après avoir dîné et fait leurs devoirs,
Yuuki et Tial vont se coucher. Avant de dormir, Yuuki se penche par la
petite fenêtre, et fait un signe de main vers la gauche.
Pyronée penchée à sa fenêtre
lui répond de même. Puis les trois enfants
s'endorment.
Belle histoire, belle histoire,
Fragments de lumière qui dansent sur l'eau
Noire
Ecume, les enfants des Ports
Les jumeaux Mau vont en classe depuis le début de
l'année. Pyronée est déjà
dans la classe au-dessus, mais c'est toujours avec elle qu'ils jouent
à la récréation. La cour de
l'école s'ouvre sur la place principale, mais les
professeurs veillent à ce que les Enfants sans Noms, ces
vagabonds sans parents, ne s'approchent pas de leurs
élèves. Aujourd'hui pourtant, une petite fille
rousse n'a pas été chassée et elle
regarde avec envie de l'autre coté de la barrière
les écoliers qui jouent entre eux. Yuuki, Tial et
Pyronée la remarquent et s'approchent en la
dévisageant avec curiosité. Elle se sauve soudain
et rejoint d'autres fillettes qui disparaissent vite dans un couloir,
elles craignent de se faire attraper par la Garde.
Belle histoire, belle histoire
Ecume qui flotte sur l'eau
Noire
L'après-midi, le trio se sépare pour que chacun
aille à son activité. Yuuki à
l'école de danse, Tial à la classe de musique et
Pyronée au Dojo. Suivant avec attention les notes du piano,
Yuuki plie les bras et bats des jambes en ensemble avec les autres
petites ballerines. A la fin du cours, la professeur la retient un peu
pour lui donner des conseils. La petite Yuuki est loin d'avoir le
charme aérien des danseuses de sang elfique, mais elle n'est
pas sans grâce. Quand elle sort de l'école, toute
les autres petites filles ont déserté la place.
Yuuki hésite un peu, puis prend une petite ruelle
à droite pour aller au dojo. Elle veut rentrer avec
Pyronée. Mais dans cette petite ruelle, quelques
garçons plus âgé traînent,
désoeuvrés. Voyant cette jolie petite fille au
visage blanc, ils y trouvent occasion à s'amuser.
Nonchalamment, ils encerclent la ballerine. Elle les regarde de ses
grands yeux, silencieuse.
un garçon: "Hé, vise moi un peu cette petite!"
un garçon: "Elle a le visage comme la lune, et l'air aussi
bête!"
Ils s'esclaffent, Yuuki reste silencieuse et serre bien contre elle son
petit sac.
un garçon: "Oh, mais c'est quoi ça?"
Le plus grand, le meneur, arrache le sac des mains de Yuuki et le tient
hors de sa portée, s'amusant de ses tentatives pour le
reprendre.
le meneur: "Tu le veux, hein? Hop!"
Il le lance à un autre garçon, mais quand Yuuki
se précipite vers lui, il lance le sac à
quelqu'un d'autre. Yuuki a maintenant les larmes aux yeux. Le
garçon derrière elle lui pince les fesses et elle
sursaute avec un petit cri.
le garçon: "elle est marrante, la fille de Lune! Allez, si
tu veux ton sac, tu dois te mettre à genoux et dire s'il te
plait."
Mais Yuuki reste debout en silence, se tordant les mains de peur. Alors
qu'il s'amuse à jeter le sac en l'air, le meneur sent
soudain ses jambes se dérober sous lui et il
s'écroule. Juste derrière, Pyronée
brandit son bâton d'entraînement.
Pyronée: "Je vous interdis d'embêter Yuuki! vous
allez voir!!"
Elle frappe un grand coup sur le meneur qui tente de se relever avant
de foncer sur un des plus grands de la bande, lui assener un coup de
bâton dans le ventre. Elle est folle de rage. Yuuki
pétrifiée de peur la voit mettre en
déroute la bande de garçons, furie blonde plus
petite qu'eux. Dans leur fuite, ils crient : ""Tu vas voir, sale fille
à la Peau brûlée!!"
Sans plus se soucier d'eux, l'elfe blonde attrape Yuuki par les
épaules.
Pyronée: "Tu n'as rien, tu n'es pas blessée?"
Yuuki répond d'une toute petite vois: "N.. Non. j'ai eu ...
très, très peur."
La voyant prête à pleurer, Pyronée la
réconforte: "Ne t'inquiètes pas, je ne les
laisserai plus jamais faire. Je te protégerais toujours,
Yuuki, d'accord? Je ne laisserai personne t'approcher."
La petite tête aux cheveux noirs acquiesce. La petite main
blanche vient se nicher dans la main noire de Pyronée.
Yuuki: "On rentre?"
Pyronée: "D'accord."
Belle histoire, belle histoire
Ecume qui flotte sur l'eau
Noire
Quelques jours plus tard, en sortant de l'école. Tial, Yuuki
et Pyronée revoient la petite fille rousse,
dissimulée derrière un étal, qui leur
fait signe. Ils s'avancent pour la rejoindre. C'est sans erreur une
petite hobbits, aux pieds velus et aux oreilles en pointes. Sans se
présenter, elle leur annonce brusquement: "Faites attention,
les Craks du Port veulent vous tendre un piège."
Pyronée: "Les Craks du Ports?"
la rousse: "Les garçons, l'autre jour, dans la ruelle. Ils
sont mauvais."
Sans leur laisser le temps de répondre davantage, elle se
sauve en courant.
Tial: "Les garçons qui ont embêté Yuuki
et que tu as chassé, Pyronée?"
Pyronée: "Oui. Mon papa est à la Garde. Il m'a
dit de faire attention, car les enfants sans Noms sont souvent en
bande. Mais je n'ai pas peur d'eux."
Yuuki regarde Pyronée en silence. Si Pyronée n'a
pas peur, alors elle non plus. Malgré tout, elles
évitent de se séparer et de prendre les ruelles
désertes, surtout après la tombée de
la nuit. Les Enfants sans Noms vivent souvent la nuit, pour ne pas se
faire prendre par les gardes.
C'est au bord de l'eau qu'a lieu l'attaque. Alors que Yuuki et
Pyronée sont descendues sur la jetée pour jouer,
deux grands garçons jaillissent de derrière un
panier de poissons et les poussent violement à l'eau. Au
contact de la mer, les deux fillette sont devenus sirènes
automatiquement et ils n'ont pas à craindre la noyade. Par
contre, c'est beaucoup plus difficile de se battre. Venant de plus
loin, la bande des Craks se ruent sur les petites filles qui plongent
dans les profondeurs pour leurs échapper, n'ayant d'autre
chemin de fuite. Mais de là aussi, des garçons
apparaissent pour leur barrer la route. Encerclées, Elles ne
savent plus où aller, et Pyronée sait qu'on ne
peut pas frapper efficacement dans l'eau. Tant pis pour eux.
Alors que le meneur fait signe à ses gars de les saisir, il
se fige en voyant briller dans la main de Pyronée un
éclat argenté. La fillette a sorti de son sac
deux dagues étincellantes. Elle est armée. c'est
du serieux. De son regard farouche, elle fixe le meneur de la bande et
avance vers lui, Yuuki dans son sillage. Les garçons de la
bande n'osent plus avancer, eux n'ont pas d'armes. Un chef ne doit pas
faiblir, jamais, surtout pas devant ses hommes. Alors le meneur
soutient le regard de la fillette et continue de lui bloquer le
passage. S'il se pousse pour la laisser passer, il perdra son
autorité. Allez, c'est une gamine, elle n'osera pas s'en
servir.
C'est sous-estimer Pyronée. D'un brusque coup de queue, elle
fonce sur lui et lui entaille profondement le bras, levé par
reflexes. Le sang rouge se répand dans l'eau. Entrainant
Yuuki, l'elfe blonde en profite pour contourner le garçon et
gagner le large. Mais derrière elle, les Craks encore plus
furieux sont partis chercher des gaffes et se lancent à leur
poursuite. Soudain, Yuuki tire la main de Pyronée et lui
montre une silhouette qui leur fait des signes un peu plus loin, sous
un bateau. C'est la petite rousse qui les avait prévenues.
Elle leur indique du doigt la surface. Les deux filles remontent vers
le bateau le plus vite qu'elles peuvent, talonnée par les
Craks. Les silhouettes qui se penchent au-dessus d'eux les faits
s'arreter net. La Garde!!
Les Gardes plongent, équipés de leurs harpons et
de leurs filets, passant à coté de Yuuki,
Pyronée et la petite rousse sans les inquiéter,
chargeant les Craks qui se dispersent. Les bras solides de Ken, le
père de Pyronée soulève les fillettes
les unes après les autres et les mets à l'abri
dans l'embarcation de la Garde. Tial est assis là et il
serre sa sœur Yuuki contre lui. Ken soulève sa
fille en l'air avec fierté.
Tial: "Fauve m'a dit qu'ils vous avaient attaqués et
où vous étiez et j'ai prévenu la
Garde."
Yuuki: "Fauve?"
Tial: "La petite fille rousse."
Pyronée: "D'ailleurs, où est-elle? Elle n'est pas
remontée avec nous..."
les trois enfants se penchent par dessus le bastingage. Ils distinguent
vaguement en bas les Gardes qui capturent des gamins, mais est-elle
parmi eux?
Belle histoire, belle histoire
Ecume qui flotte sur l'eau
Noire
Ken a ramené les trois enfants dans leur ruelle, et Rue, la
mère de Tial et Yuuki, leur prépare un gros
gouter pour les réconforter. Tous les trois dans la chambre
de Yuuki, ils mordent dans les biscuit chauds sortis du four avec
avidité. Assise près de la fenêtre,
Yuuki voit plus bas, au milieu de l'enchevetrement de piliers et de
cordes qui soutiennent cette partie de la structure, un petit amas de
boucle rousse. Tirant son frère par la manche, elle lui
montre du doigt.
Tial: "Fauve!"
Le petit paquet roux relève la tête, oui, c'est
bien la petite fille qui les a déjà
aidé par deux fois. Voyant les deux jumeaux lui faire signe,
elle escalade le pilier le plus proche et vient se mettre à
leur hauteur.
Tial:"Tu veux du gateau?"
Les yeux brillant, Fauve empoigne à pleine mains un tas de
biscuit et les avale goulument.
Tial: "Merci beaucoup pour ton aide, tu as sauvé ma soeur et
Pyronée!"
Fauve: "Oh c'est rien, c'est plutot nous qui vous remercions.
Grâce à vous, les Craks ont presque tous
été capturés par la Garde. On est
enfin débarassés d'eux, ils étaient
vraiment terrible."
Pyronée: "C'est qui, "nous"?"
Fauve: "Les filles aux pieds nus, c'est ma bande. On est que des
filles, parce que les garçons n'arrêtent pas de
nous embêter. On s'est mise ensemble pour pouvoir se
défendre contre eux. On est encore que des petites, mais des
grandes nous ont dit que plus tard, ça serait encore plus
terrible. Il y a plein de grandes qui se sont fait attaquer
par les garçons et ils leur ont fait des choses horribles!
Et il y en a même qui ont été
emmené sur l'île de Métal, et vendue!
Alors on essaye de se regrouper pour être plus forte."
Tial: "C'est horrible!"
Yuuki se sert un peu plus contre Pyronée, ça lui
fait peur.
Pyronée: "Ne t'inquiètes pas, Yuuki, tant que je
serais là, personne ne te feras du mal."
Fauve: "Dis, Fille à la peau
brûlée, la fille de Lune est vraiment ta Houri?"
Pyronée: "La fille de Lune, c'est Yuuki? Et c'est quoi une
Houri?"
Fauve: "Eh? Vous savez pas? C'est quand quelqu'un fais le serment de
protéger toujours une personne. Mais en échange,
celui qui est protégé lui appartient
complètement. Personne d'autre n'a le droit de le toucher."
Tial: "C'est une coutume des Enfants sans Noms, alors. On fait pas
ça à l'école."
Pyronée: "Dis, Yuuki, tu veux être ma Houri? Je
promet que je te protégerais de tous les dangers."
Yuuki: "Oui, je promet que je serais toujours à toi,
Pyronée."
Fauve: "Waah, vous êtes des vraies filles des Ports, comme
nous!"
Yuuki: "Et Tial aussi. C'est un garçon des Ports. Il n'est
pas comme les méchants qui vous embêtent. C'est la
moitié de moi, on ne peut pas être
séparé."
Fauve: "mmm, d'habitude, on n'accepte pas les
garçons... mais comme il est gentil, je vais demander aux
autres filles si elles sont d'accord. En plus, il fait une jolie
musique. Je reviendrais vous voir plus tard!"
L'agile petite fille disparait rapidement dans les couloirs, emportant
avec elle le reste des biscuits, pendant que les trois enfants
regardent par la fenêtre le monde mystérieux des
Sans Noms dans lequel ils viennent d'entrer.
Belle histoire, belle histoire
Ecume qui flotte sur l'eau
Noire
Pluie, vers une déchirure
Le soir à la fin de son cours de danse, Yuuki a rejoint son
frère Tial à l'école de Musique. Ils
veulent travailler ensemble pour le spectacle de la fête
d'Ossée. Les sons aigus de la flûte de Tial
résonnent dans la petite salle de classe vide, Yuuki
lève les bras, les baisse puis les sépare, trois
petits pas vers la gauche, elle tourne. Elle danse, la petite danse des
étoiles, répète ses pas avec
applications. Elle voit, derrière la fenêtre dans
le dos de son frère, un visage mutin qui la regarde, mais
elle ne s'arrête pas de danser. Quand elle a finit, ce sont
trois visages qui se pressent de l'autre coté de la vitre,
regardant avec admiration la petite ballerine. Elles aussi, elles
aimeraient bien danser, ce sont des petites filles ordinaires. Mais
quand on n'a pas de Noms, on ne peut pas prendre des leçons,
on ne peut que regarder de loin.
Tial vient leur ouvrir la fenêtre, il a reconnu Fauve au
milieu des fillettes. C'est la seule qui ne recule pas, les autres sont
intimidées.
Fauve: "C'était super beau!!! J'aime beaucoup ta musique! Et
Yuuki danse très bien aussi!"
Tial: "Bonjour Fauve. Ce sont tes amies?"
Les fillettes se regroupent derrière la petite hobits, qui
fait pourtant une tête de moins qu'elles.
Fauve: "Oui, on voudrait vous parler. Pyronée est
là?"
Yuuki: "Elle est au dojo, je peux aller la chercher..."
Accompagnée de Tial et des Filles aux Pieds Nus, Yuuki se
dirige vers le Dojo. Arrivé à
proximité, les Sans-Noms font signe qu'elles ne peuvent pas
aller plus loin. C'est trop dangererux, elles pourraient se faire
capturer.
Tial: "Passez par l'arrière, on vous rejoint."
Les jumeaux entrent dans le Dojo, saluant au passage des Gardes qui
s'entrainent, et suivent le couloir jusqu'à la cour
arrière, ou Pyronée s'entraine à
l'épée. Quand elle voit ses deux amis, la fine
elfe blonde pose son épée et court les rejoindre.
Ils sortent de la cour par la petite porte, et arrivent dans la ruelle
obscure, où les fillettes sans Noms les attendent.
Pyronée: "Vous voulez nous voir?"
Fauve: "Oui, on a beaucoup parlé avec les autres, et on
voudrait vous demander de venir tous les trois dans notre bande. Et on
aimerait bien... que tu nous apprennes à nous battre comme
toi, Peau Brulée. On veut arriver à se
défendre par nous même."
Tous les regards se tournent vers Pyronée maintenant, celui
de Yuuki et Tial aussi. C'est d'elle que dépendra
la décision finale, uniquement d'elle. Si elle ne veut pas
entrer dans la bande, les jumeaux n'y entreront pas. Elle n'a pas
besoin de réflechir longtemps pour savoir ce qu'elle veut
faire.
Pyronée: "C'est d'accord. Nous allons devenir des
vôtre et je vous apprendrai à vous battre."
Toutes contentes, les petites filles battent des mains et
trépignent.
Fauve: "Bienvenue parmi nous! Venez, on va vous présenter
tout le monde."
Maintenant, Pyronée, Yuuki est Tial font officieusement
partie des Filles aux Pieds Nus.
Les trois nouvelles recrues suivent Fauve dans des ruelles sombres
qu'ils ne connaissent pas, ils vont rencontrer leur nouvelle bande.
Yuuki tient la main de Pyronée pour se rassurer, et marche
en silence, pensive. Puis elle tire la main de son amie pour attirer
son attention.
Yuuki: "Dis, Pyronée... moi aussi, je vais apprendre
à me battre. Je vais aller au Dojo avec toi."
Pyronée: "Ce n'est pas la peine, Yuuki. Tu es ma Houri, je
suis ta Kerne. C'est à moi de te protéger."
Yuuki: "Mais je voudrais pouvoir t'aider un peu toi aussi. Quand il y a
beaucoup de méchants qui nous entourent, il faut que je
puisse être utile. Je vais apprendre, moi aussi."
Les Filles aux Pieds Nus ne veulent plus se résigner, ne
veulent plus subir la violence sans se plaindre. Elles ont choisi de
prendre en main les rènes de leurs vie, et d'aquerir la
force nécessaire pour suivre leur propre chemin.
Belle histoire, belle histoire,
Pluie qui brouille les eaux
Noires
Sur l'île d'Algos, les maisons s'empilent les unes sur les
autres, les gens s'entassent les uns sur les autres. Trop de gens, trop
de gens, la place est limitée sur la Terre ferme,
illimitée dans les océans. Mais le peuple
d'Ossée n'est pas un peuple de poissons, ils restent des
créatures terrestre, ne vivant bien que sur la Terre. Seuls
les bannis, seuls les prisonniners vivent tout le temps dans les fonds
marins. Dans le silence, dans l'obscurité, dans le froid.
Même les enfants Sans noms préfèrent
vivre à l'air libre quitte à risquer de se faire
capturer par la garde, plutôt que de vivre dans les
profondeurs de l'océan. La même situation se
retrouve dans toutes les îles, à une exception
près: Lohrin, l'île des Anciens Elfes, qui a un
statut particulier. Mais dans les autres îles
surpeuplées, il a fallut imposer des règles
sévères.
Un seul enfant par famille, pas plus. Les seules exceptions
tolérées sont les jumeaux, comme Tial et Yuuki.
Et pour les familles qui par malheur ont un deuxième enfant,
peu d'options sont possible: l'exil des parents, la mort de l'enfant
ou... son abandon dans le plus grand secret. Dans ce cas,
s'il survit, il viendra grossir le nombres des enfants Sans Noms, qui
errent dans les couloirs sombres et hantent les lieux oublié
par la Garde.
Tout le monde sait quel terrible sort attend ceux qui effreignent la
loi... alors pourquoi? Pourquoi? Pourquoi la famille Takau
attend-t-elle un nouvel enfant? Pourquoi le ventre de Visia Takau, la
mère de Pyronée, est-il de plus en plus gros?
N'avaient-ils pas assez de leur fille? Les autres familles du
voisinages discutent à couvert. Quelle folie! Quelle
inconscience! Seuls leurs voisins proches, les Mau, continuent
à les soutenir. Et c'est à Rue
uniquement que Visia a confié son secret. Elle a
eut un songe. Un songe qui lui demandait de donner la vie à
un nouvel enfant. Et elle a obéit.
Comme le terme de la grossesse est de plus en plus proches, les parents
Takau prennent leur dispositions pour l'avenir. Ils ont
déjà fait leur choix, cet enfant vivra. Mais ce
n'est pas le choix de Pyronée. Elle proteste en silence,
elle ne veut pas perdre ses parents. Tout son univers est en train de
s'éffondrer, la peur et la colère la
dévorent, mais elle ne peut pas crier sa douleur. Elle n'y
arrive pas. Elle se tait. A l'école, les autres enfants se
moquent d'elle, elle se bat de plus en plus, s'isole de sa classe.
Seuls Yuuki et Tial restent auprès d'elle... ainsi que les
Filles au Pieds Nus. Le malheur qui frappe sa famille, elles le
connaissent, c'est pour ça qu'elles sont des filles aux
pieds nus. Pleines d'admiration pour ce père et cette
mère qui choisissent de se sacrifier pour que leur enfant
ait un nom, elles ont fait serment de veiller sur ce petit à
naitre.
Belle histoire, belle histoire,
Pluie qui brouille les eaux
Noires
Le silence est tombé sur la petite ruelle. Dans la chambre
des jumeaux, Yuuki se serre contre Pyronée, assise
recroquevillée sur le lit, toujours silencieuse. Yuuki sent
la fillette blonde trembler à coté d'elle. En
silence, elle aussi, elle essaye de la réconforter sans trop
savoir quoi faire. Dans l'appartement voisin, le
bébé est en train de naître. Un
vagissement retentit, audible même à travers les
murs. Pyronée tressaille et se réfugie dans les
bras de Yuuki. Quand Rue vient la chercher, elle refuse de
bouger, secouant la tête avec
véhémence. Il faut que Yuuki la prenne par la
main et l'emmène avec elle pour que Pyronée
accepte d'aller voir ses parents, et l'enfant.
La main brune serre les doigt blancs de Yuuki avec force tandis que les
deux fillettes entrent dans la chambre des Takau. Visia est
allongée, souriante, détendue, tenant sur son
ventre un tout petit bébé. Sa petite fille.
Réticente, Pyronée s'approche mais elle refuse de
prendre la petite dans ses bras.
Visia: "Ma chérie, regarde, c'est ta petite soeur. Elle
s'appelle Dido."
Pyronée secoue la tête, toujours en silence.
Prenant soin de rester à distance du
bébé, elle se blottit contre sa mère,
cachant sa tête contre ses épaules. Elle n'a
toujours pas lâché la main de Yuuki. Un
secrétaire du Registre vient enregistrer la naissance et le
nom de Dido, ainsi que le renoncement de ses parents à leur
droit de vivre en surface. Dans une semaine, ils devront partir pour
les grands fonds et l'Océan des bannis.
La semaine de répit s'achève. Pyronée
l'a passé enfermée chez elle, refusant de sortir,
de s'éloigner de ses parents. Ce matin, leurs affaires sont
réglés, ils attendent courageusement
l'arrivée des Soldats, accompagné de toute la
famille Mau. C'est à eux qu'ont été
confiées Pyronée et Dido. Les soldats arrivent
dans le lourd silence, et les parents Takau se lèvent pour
les suivre jusqu'à la jetée, suivis par les
jumeaux encadrant Pyronée, et les parents Mau portant Dido.
Voyant les remous de l'océan, Pyronée se
précipite et s'aggrippe à ses parents. Si elle
n'avait pas les dents aussi serrées, elle crierait: Non,
non! Ne partez pas!
Son père vient se mettre à sa hauteur et pose ses
grandes mains sur les épaules brunes.
Ken: "Pyronée, écoute bien. Tu vas devoir
être une grande fille courageuse. Papa et Maman te confient
Dido. Ils comptent sur toi pour bien t'occupper de ta petite soeur."
La petite regarde son père, ce grand héros de la
garde. Elle retient ses larmes et hochent la tête, oui, ses
parents pourront compter sur elle. Une dernière fois, ils
l'embrassent avec force. Puis ils s'enfoncent dans l'eau
salée, entourés par les gardes.
Pyronée voient les reflets argentés de leurs
queues s'amenuiser et disparaitre peu à peu. Ils ne
remonteront plus jamais à la surface. Un sort fixera
définitivement leur forme de sirènes et ils
n'auront plus jamais le droit de passer de l'autre coté de
la barrière des algues rouges. Debout au bord de la
jeté, Pyronée ne dit rien et cache sa tristesse.
Pourquoi, pourquoi doivent-ils partir? Ce n'est pas juste! Ce n'est pas
juste....
La douce Rue entoure de ses bras la petite fille et ses deux enfants.
Elle veillera sur eux.
Belle histoire, belle histoire,
Pluie qui brouille les eaux
Noires
Soleil, sa fille
Depuis le bannissement de leurs parents, Dido et Pyronée
vivent maintenant avec la famille Mau. Mais la gentillesse de ses
parents adoptifs n'arrive pas à apaiser la tristesse, la
colère et la révolte de l'année des
Takau. De plus en plus, elle manque l'école, elle disparait
la nuit pour rejoindre les filles aux Pieds Nus. Elle a
décidé de se consacrer au monde des enfants sans
Noms, comme elle victimes de la loi de restriction des naissances.
Maintenant, elle connait le moindre recoin, la moindre passerelle des
profondeurs de l'echafaudage. Sa révolte ne cesse de
grandir. Pourquoi devons-nous vivre dans ces conditions? Pourquoi
n'avons-nous pas le droit à l'existence? Alors que dans les
hauteurs, il y a des gens qui ont des jardins et de grandes maisons....
Alors que sur l'île de Lohrin, il y a toute la place pour
loger les enfants abandonnés... Pourquoi les Anciens Elfes,
pourquoi les Nobles auraient-ils le droit de profiter de tout l'espace
sans partager? Pourquoi n'existe-t-il pas d'autres terres pour
accueillir le peuple d'Ossée?
Le monde des enfants sans Noms commencent à bien connaitre
la terrible Pyronée et ses filles aux Pieds Nus. Elles sont
de plus en plus nombreuses à rejoindre la bande,
à apprendre à se battre, et à faire
regner leur loi sur ce monde anarchique. Il n'y a pas un enfant qui
ignore le nom de "Peau Brulée" et de sa Houri la "Fille de
la Lune". Autant ils craignent la première, autant ils
adulent la deuxième comme un trésor de grand
prix. La calme et douce Yuuki, la petite fille à la peau
blanche qui danse dans la nuit. Quand Tial et Fauve jouent de leurs
instruments et chantent, elle vient danser dans les places
secrètes, pour réconforter et faire
rêver ces enfants qui n'ont pas droit à l'enfance.
C'est la lumière de la Lune qui éclaire leurs
nuits, pâle et fragile.
Belle histoire, belle histoire,
Soleil qui illumine les eaux
Noires
Alors que Pyronée a la peau comme
brûlée et les cheveux d'un or eclatant, la petite
Dido en grandissant devient de plus en plus pale et
délicate, ses cheveux d'un blond presque blanc. C'est une
petite elfe d'une grande délicatesse, tellement elfe qu'on
pourrait la prendre pour une des anciens elfes. Bien qu'encore toute
petite, elle tourne sa tête avec grâce de gauche et
de droite, semblant écouter quelques invisibles voix. On ne
sait pas ce qu'elle entend, mais elle écoute avec attention.
Parmi les autres mères, certaines murmurent qu'elle pourrait
entendre les Dieux. C'est une enfant étrange.
Dans la petite chambre où vivent les quatres enfants, Dido
se tourne vers Yuuki avec fierté pour lui montrer son
dessin. Dido s'entend très bien avec sa seule soeur humaine,
et avec son frère elfe. Mais la plus grande de ses soeurs,
cette grande fille toute brune, ne l'accepte pas vraiment. Dido le
sent. Elle a du mal à se sentir à l'aise avec
elle, et Pyronée ne fait aucun effort pour l'aider.
Dido:" Grande soeur Yuuki, regarde!"
Yuuki sourit doucement en regardant le dessin naif tendu par la
benjamine.
Dido: "Là, c'est maman, et là, c'est papa.
Là, c'est Pyronée, puis grande soeur Yuuki, puis
grand frère Tial, et là c'est Dido."
Ce soir-là, Pyronée est plus enervée
que d'habitude, et les paroles innocentes de la petite ne font
qu'attiser sa rancoeur. Elle réplique d'un ton sec: "Ce ne
sont pas tes parents, idiote! Je suis ta seule vraie soeur. Et
à cause de toi, Papa et Maman ont été
envoyés au fond de l'océan et ne reviendront
jamais!"
Tout d'abord, Dido reste muette, sans comprendre. Inquiète,
Yuuki se lève et essaye de calmer Pyronée. A la
demande des Takau, les Maus avaient cachés à la
petite Dido qu'ils n'étaient pas ses parents, ni ceux de
Pyronée. Yuuki regarde l'elfe à la peau brune
d'un air suppliant, mais Pyronée a gardé trop
longtemps sa colère dans son coeur, elle a
accumulé trop de rancune envers sa petite soeur.
Dido se met à crier: "C'est pas vrai!"
Ignorant la prière muette de Yuuki, Pyronée
répond: "Si, c'est vrai. Tu n'es pas une Mau! Tu es une
Takau! Tu es responsable de la disparition de nos vrais parents!"
Dido regarde fixement Pyronée, la bouche grande ouverte de
stupeur. Pyronée ne ment jamais, elle le sait. Alors ce
qu'elle dit est la vérité. Dido a fait du mal
à son papa et sa maman. Papa et Maman ne sont pas ses
parents... elle n'a pas de vrai parents. Les yeux bleu
pâles de la fillette se remplissent de larmes. Avant que les
plus grands ne puissent l'attraper, elle passe la porte en courant et
se faufile dans le petit passage descendant vers le Ports. Tial se rue
immédiatement à sa poursuite, mais dans la foule
qui monte et descend à cette heure, il perd rapidement de
vue la petite fille.
Dans le petit appartement, Pyronée rejette d'un geste rageur
la main apaisante de Yuuki sur son bras. Elle n'est pas encore
apaisée.
Yuuki: "Ce n'est pas la faute de Dido, tu sais..."
Pyronée: "Si! C'est à cause d'elle!"
Yuuki: "Elle n'a jamais demandé à naitre. Et elle
aussi, elle a perdu ses parents. Elle aussi, elle est victime. "
Pyronée tourne le dos à la calme petite fille et
part en claquant la porte. Restée seule, Yuuki s'assoit
à la table et regarde le dessin naïf de Dido. Une
famille. Tial revient rapidement, bredouille. Tous les deux se sentent
un peu désémparés et malheureux. Ils
s'assoient l'un à coté de l'autre pour se
rassurer et atteindre que les soeurs Takau reviennent. Leur
mère Rue les trouve comme ça à son
retour. A sa grande surprise, les jumeaus lui sautent dans les bras et
se mettent à pleurer. Après avoir
calmé ses deux enfants, Rue comprend que Dido s'est
sauvé après une dispute avec sa soeur
ainée. A son tour, elle s'inquiète. Dido est trop
petite pour pouvoir sortir seule, elle risquerait de se perdre. Il faut
la retrouver au plus vite.
Rue: "Yuuki, tu va rester ici pour accueillir Dido si elle rentre et
prévenir Papa. Tial, tu vas aller à
l'école voir si elle n'y serait pas. Elle connait le chemin.
Et cherche aussi près des jeux. Je vais d'abord au poste de
Garde chercher de l'aide et je vais chercher dans le Port. "
Yuuki a attendu longtemps toute seule, mais Dido n'est pas revenu. Papa
est passé, et il est partit à la recherche de la
petite lui aussi. Yuuki est restée toute seule, elle pleure
d'angoisse dans la lumière orange du soleil couchant qui
illumine l'appartement. Rapidement, la nuit tombe et tout s'obscurcit,
mais Yuuki n'allume pas la lumière. Elle est trop triste
pour bouger. C'est ce moment-là que choisit
Pyronée pour rentrer.
Pyronée: "Yuuki, tu es là?"
Un sanglot étouffé lui répond.
Pyronée allume la petite lampe sur la table. Elle ne dit
rien, elle sait ce qui se passe. Dido a disparu. Elle s'assoit
à coté de Yuuki, mal à l'aise. Tial
revient lui aussi, sans Dido. Puis Rue, sans Dido. Les Gardes
continuent à chercher la petite, mais la nuit compliquent
leur tache. Rue fait de son mieux pour réconforter les trois
petits silencieux et leur faire un diner, mais son
inquiétude imbibe tous ses gestes.
Brusquement, Pyronée se lève et fait mine de
partir.
Rue: "Attend, ma chérie, où est-ce que tu va?"
Pyronée: "Chercher Dido."
Rue: "Les Gardes s'en occupent, restes à la maison, la nuit
est dangereuse."
Pyronée: "Je vais la chercher. C'est à cause de
moi si elle est parti... je vais me faire aider par des amies. "
Rue: "Mais..."
Yuuki: "Je viens avec toi!"
Tial: "Moi aussi!"
Rue: "Je vais vous accompagner..."
Tial: "Non maman, tu peux pas. Là où on va, c'est
que pour les enfants."
Yuuki: "Ne t'inquiètes pas, Maman, on va la retrouver."
Résignée, Rue regarde partir ses trois petits
dans l'obscurité. Elle leur fait confiance.
Belle histoire, belle histoire,
Soleil qui illumine les eaux
Noires
Suivant la fille à la peau brune, les deux jumeaux se
faufilent dans les petits passages, jusqu'à atteindre le
lieu de réunion des Filles aux Pieds Nus. La place est
envahie d'une animation inhabituelle, et Fauve se précipite
à leur rencontre dès qu'elle les voit.
Fauve: "Pyronée!! Les Chevaliers de Fer réclament
un duel!"
Effectivement, un émissaire de la puissante bande des
enfants sans Noms régnant sur les étages
supérieur, est là, debout au milieu de la place.
Voyant arriver celle connue sous le nom de "Peau
Brûlée", il salue selon la coutume des bandes et
débite son message: "Notre chef Gimfang te défie,
chef des filles aux pieds nus, pour la domination des Ports."
Pyronée se campe en silence devant l'envoyé.
Les Filles au pieds nus font régner la loi sur quasiment
tous l'étage des Ports, plus quelques étages
au-dessus partiellement. Les Ports, l'accès
à la mer, zone de fuite et terrain de pêche, c'est
la survie pour les enfants sans Noms. S'ils n'ont pas accès
à la mer, ils vont rapidement se faire capturer par la
Garde, et exiler. Pyronée a compris
très vite l'enjeu de l'étage des Ports, et en a
progressivement prit le contrôlle avec ses Filles, misant
toutes ses actions dessus. Quand les autres bandes s'en sont rendus
compte, il était déjà trop tard.
Pyronée tenait la place, avec une troupe nombreuse des siens
exerçant une surveillance vigilante, soutenues par nombre de
pêcheurs et de commerçants de l'étage,
heureux d'être protégé contre ces sales
vauriens sans noms. Il est vrai que les Filles aux Pieds Nus sont aussi
des enfants sans Noms, mais la discipline de fer que fait
régner Pyronée dans ses troupe empèche
tous débordement. Les Filles aux Pieds Nus sont connues pour
bien se tenir. Grâce à ce dispositif, trois ou
quatre bandes avaient déjà
été démantelée, ou avaient
prétés serment d'allégeance
à l'elfe brune.
Récement, plusieurs autres bandes des étages
supérieurs s'étaient regroupés sous le
commandement du Nain Gimfang, et ils avaient commencé la
contre-attaque pour le contrôlle des Ports. Ils avaient
été repoussés sans
ménagement. Ils jouaient maintenant un autre atout: le duel.
Pyronée repond froidement à l'envoyé
de Gimfang: "ça ne m'interresse pas. Retourne dans ta bande."
Mais l'émissaire n'en a pas fini: "Gimfang a ta soeur Dido
et..."
Mais il n'a pas le temps de finir, les Filles se sont mises
à hurler et à le bombarder de projectiles
:
"Honte à Gimfang!! "
"Prendre une petite en otage!!"
"Honte sur les chevaliers de fer!! "
"Trahison!"
Pyronée fait taire ses filles d'un geste et saisit
l'emissaire au col: "Comment oses-tu? Tu trahi l'honneur des enfants
sans Noms en brandissant la menace d'un otage! "
L'envoyé crie pour se faire entendre: "Ce n'est pas un
otage! Elle était perdu sur notre terrain, mais elle ne veut
pas qu'on la ramène dans votre zone, sinon elle crie. Il
faut que tu viennes la chercher. "
Pyronée: "Tu mens."
Envoyé: "Viens voir notre chef Gimfang. Nous te garantissons
l'impunité sur notre territoire..."
Pyronée: " Je refuse de venir sur vos terres. Mais... Ecoute
bien ce que je propose et transmet ce message à ton chef. Il
y a une placette à l'arrière de
l'école de danse, ce sera une zone neutre. Je donne
rendez-vous aux chevaliers de Fer ici. Je viendrais avec mes Filles. "
Envoyé: "Mais... c'est près de la Garde..."
Pyronée: "Ils sont occupés. Si on reste discret,
ils ne remarqueront rien. Comme ça je suis sûre
que vous vous tiendrez tranquille. Cours avertir ton chef. Nous
l'attendrons là-bas. Nous verrons bien s'il a le courage de
venir."
Belle histoire, belle histoire,
Soleil qui illumine les eaux
Noires
Les plus braves des Filles aux Pieds Nus ont suivis Pyronée
et se sont regroupées derrière elle sur un des
coté de la petite place. Elles sont plus silencieuses
qu'à l'accoutumée, tendues par la
proximité du poste de la Garde. Yuuki s'est assise par terre
au pied de Pyronée, comme une Hourie doit le faire.
Les Chevaliers de Fer ne se sont pas défilés.
Sortant de l'ombre, la silhouette épaisse de Gimfang
apparait à l'autre bout de la
place, suivis du reste de sa bande, et de la petite Dido.
Gimfang n'est pas un enfant. C'est un adolescent, presque un adulte, un
des plus anciens Enfants sans Noms, un des rares de son age qui n'a pas
fini dans les prisons de la Garde, malgrè des
années à exister illégalement. Il
n'est pas grand, c'est un Nain. Mais il est fort, et Pyronée
le sait. Elle ne veut pas se battre contre lui.
Voyant sa soeur ainée, la petite Dido recule et vient se
cacher derrière une des rares filles des Chevaliers. Elle
n'a jamais connu le monde des enfants sans Noms, ses ainés
la laissaient à l'abri à la maison quand eux
allaient chez les Filles. Elle en a juste entendu parler par les
conversations des enfants dans leur chambre, en connait plus ou moins
les règles et les usages. Elle sait qui ils sont.
Pyronée s'avance au centre, Gimfang fait de même
en faisant signe à Dido de le suivre. Elle obéit,
poussée par les plus agés de la bande, et
s'avance à contre-coeur, évitant de croiser le
regard de sa soeur ainée. Fièrement
dressée au milieu de ces enfants, dans la lumière
ténue de l'éclairage de nuit, Pyronée
parait encore plus effrayante pour la toute petite Elfe blonde.
Gimfang: "Je te ramène ta soeur. Avance, petite, et rentre
chez toi. "
Mais Dido secoue la tête: "Je veux pas. Je... Je suis un
enfant en trop moi aussi. Je dois rester avec vous."
Pyronée: "Tu n'es pas en trop. Nos parents t'ont
laissé leur place sur cette île. Tu n'as pas le
droit de la gaspiller et de la jetter. Tu dois vivre avec
fierté comme un enfant légal, en souvenir de nos
parents. Maintenant, Viens."
Gimfang: "Retourne chez les tiens, enfant chérie par ceux
qui t'ont fait naitre. Ils t'ont donné la vie, et le droit
de vivre, tu dois leur en être reconnaissante. Vit en pleine
lumière pour eux. "
Dido reste immobile, c'est trop de boulversement pour elle à
la fois. Ses petits poing frottent ses yeux et elle commence
à pleurer. Elle ne sait plus, elle avait envie de partir, de
rejoindre les autres enfants comme elle, sans parents, mais en
même temps.. elle a peur. Elle veut rentrer à la
maison, elle veut revoir Maman Rue et Papa Cens. Elle a une famille,
elle les aime. Avec un soupir impatient, devançant
Yuuki qui s'avançait, Pyronée prend brusquement
Dido dans se bras et la rapporte du coté de la place
où s'entasse ses Filles. Elle se rend compte soudain que
c'est la première fois qu'elle porte la petite fille. Elle
est chaude et douce dans ses bras, légère et
fragile, toute fragile, toute tremblante. D'une main
hésitante, la grande elfe brune caresse les fins cheveux
blonds de sa petite soeur.
Sa petite soeur. A elle.
Elle confie la petite, maintenant rassurée et qui la regarde
avec étonnement, à Yuuki et Tial, ses seconds.
Puis elle retourne au centre de la place, les négociations
ne sont pas terminées, les Chevaliers ne se sont pas
déplacés pour rien. Elle leur doit une faveur
pour lui avoir ramené sa soeur, elle se doit
d'écouter leur requête.
Gimfang: ""Pyronée, chef des Filles aux Pieds Nus, selon les
règles des Enfants sans Noms, je te défie. Je
mets en jeu mon titre et mon clan. "
Pyronée réflechit en silence quelques minutes.
Pour Gimfang, ce duel n'est qu'un événement
normal dans la vie d'un chef de bande. Il faut qu'il affirme sa
puissance et celle de son clan. Il faut qu'il ait accès
à la mer. Il faut qu'il écrase cette bande de
Filles dangereuses, cette Fille dangereuse. Dangereuse car
différente. Ce n'est pas un enfant sans Nom, sa survie n'est
pas son principal souci. Elle a un objectif en tête. Elle
veut quelque chose, il le sent confusément. Quelque chose
qui dépasse son imagination, quelque chose de plus grand que
l'horizon bouché des étages et de l'assemblage,
quelque chose de plus puissant que les enfants misérables
qui se groupent et se battent pour rester sur la terre ferme. Elle voit
plus loin. Elle voit autre chose que les autres chefs de bande. C'est
pour ça qu'elle est dangereuse. Sa main-mise sur les Ports
l'a montré, elle peut bouleverser l'équilibre du
monde des Illégaux. Elle change les règles, les
enjeux. En tant qu'Anciens parmi les Enfants, c'est à
Gimfang de remettre à sa place cette redoutable femelle Elfe.
Pyronée: "Gimfang, chef des Chevaliers de Fer, je
relève ton défi. Je mets en jeu... mon
titre et ma Hourie Yuuki, mais pas mon clan. Acceptes-tu l'enjeu?"
Les enfants rassemblés autour s'agitent et se regarde sans
comprendre, sauf Yuuki. Elle regarde Pyronée qui s'est
tournée vers elle, et elle aquiesce d'un battement de cil.
Yuuki a compris l'enjeu véritable de ce duel, et elle est
d'accord pour accompagner Pyronée dans ce risque. Elle a
confiance en elle. Elle veut la soutenir pour atteindre son
rêve. Aujourd'hui, c'est la jour où tout va se
jouer. Si Pyronée perd, elle se retirera du monde des
Enfants sans Noms, elle reprendra une vie normale, elle perdra Yuuki et
les Filles aux pieds Nus redeviendront une bande ordinaire. Si elle
gagne... Si elle gagne, alors le monde des Enfants sans Noms sera
à porté de main. Et elle pourra commencer
à préparer le second mouvement.
Gimfang prend lui aussi le temps de la réflexion. C'est un
Nain posé et refléchi, sans quoi il n'aurait pas
réussi à faire des Chevaliers une bande aussi
puissante. La Hourie Yuuki, la fille de la Lune, l'intouchable
danseuse, la fée des rêves pour tous les petits.
Une icone inaccessible et précieuse. L'acquérir
donnera aux Chevaliers bien plus de gloire que d'asservir les Filles
aux Pieds Nus. De plus, les Filles sans leur chef Pyronée ne
seront plus une réelle menace... Oui, Yuuki est un enjeu
valable dans ce duel.
Gimfang: "J'accepte. Que le duel prenne place."
Belle histoire, belle histoire,
Soleil qui illumine les eaux
Noires
Gimfang, Nain presque adulte, puissant, solide,
expérimenté.
Pyronée, Elfe presque adolescente, grande, forte, vive et
entrainée.
Le duel des chefs a commencé. Elle a la technique fruit d'un
enseignement et d'un entrainement rigoureux. Il admire la
précision de sa lame qui fend l'air et sa
détermination. Il a la puissance brute et implacable de sa
race et des années passées à
défendre sa bande. Elle admire sa force et sa
volonté. Mais elle commence à sentir qu'elle ne
fait pas le poids. Il a paré ou évité
ses attaques, elle n'a pu causer aucune blessure décisive.
Par contre, la violence des assauts du Nain ont secouée et
fatiguée l'Elfe. Ses muscles sont engourdis, ses membres
douloureux, son souffle court. Elle est en désavantage.
Tout autour de la place, les enfants sont crispés, tendus,
silencieux. Ils ne perturbent pas le déroulement du duel.
Dido regarde avec fascination et admiration cette grande soeur qui lui
faisait si peur avant. Elle est si forte. Juste coté d'elle,
Yuuki est debout, les mains jointes comme pour prier. Elle regarde le
combat de plus en plus désespéré de
Pyronée contre cette masse solide de muscle qu'est Gimfang.
Mais elle croit en la victoire de son amie. Elle a foi en elle.
Vacillante sur ces jambes, Pyronée ressent comme une
lumière la foi de sa Hourie. Oui, Yuuki la soutient, elle le
sent au plus profond d'elle. Elle ne peut pas la décevoir,
elle doit gagner. Gimfang qui croyait être près de
la victoire perçoit ce revirement. En face de lui, le regard
de l'Elfe est de plus en plus determiné, de plus en plus
brûlant, comme si elle était pleine d'un feu
dévorant. Il se met en garde, prêt pour le dernier
assaut. Il sera furieux et décisif, il doit être
prêt à faire face. Epuisée, mais forte
de rage, Pyronée sent la chaleur exploser dans tous ses
membres. Dans ses yeux, les flammes ont remplacées les
étoiles, dans son esprit, les mots de destruction et de
renouveau se sont révélés. Ils sortent
de ses lèvres de leur volonté propres tandis
qu'elle lève la main vers le ciel.
Le feu qui irradie son coeur prend soudain vie dans sa main, boule de
feu ardente et brillante, véritable soleil miniature dans sa
peau brune. Des cris de frayeur et de stupeur retentissent tout autour
de la place, certains enfants se cachent la tête dans les
mains, d'autres s'enfuient dans l'ombre. Yuuki reste debout, fixant la
boule de feu et Pyronée de ses yeux clairs, sans peur.
Tenant le soleil ardent dans sa paume, Pyronée se
prépare à attaquer son adversaires, quand
celui-ci jette sa hache à terre. Mettant un genoux
à terre, le fier chef des Chevaliers proclame: "Je reconnais
ma défaite devant toi, héritière des
anciennes magies. Moi, Gimfang, je te donnes mon clan, et je te
prête allégeance. Je te servirais avec honneur
jusqu'à la mort, fille du soleil."
Sa voix n'est pas celle d'un homme brisé et
humilié par la défaite, c'est celle d'un Enfant
sans Noms plein de fierté, celle d'un Chevalier qui a
trouvé la Reine pour qui il va se battre. Gimfang a comprit.
Il est temps de changer, de s'engager dans un nouveau chemin. Le soleil
leur montre la voix, il la suivra.
Pyronée lance en l'air la boule de feu, qui se met
à flotter au dessus de la scène, l'illuminant
comme en plein jour. Se plantant face à Gimfang à
genoux, elle lui répond: "Gimfang, chevalier de fer, je fais
de toi un enfant aux Pied Nus. Je te choisis comme Second et Soutien.
Tu seras le bras fort sur lequel je pourrais toujours compter.
Relève toi, homme aux Pieds Nus!"
Sous les acclamations des deux bandes maintenant unies, Gimfang vient
prendre place à coté de Pyronée, sous
le soleil de feu. Sortant sa flûte Tial improvise un air et
Fauve le rejoint avec son tambourin. Alors que tous les enfants dansent
et marquent le rythme bruyament de leur mains, Dido se met
à chanter, inventant des paroles de sa petite voix
cristalline, imposant le silence. Sur la place eclairée par
le feu, on n'entends plus maintenant que la chanson et les instruments
de musique. Avec respect, les enfants s'ecartent et laissent la place
libre devant Pyronée. Yuuki peut maintenant lever les bras,
monter sur ses pointes, et danser.
Danser la victoire de Pyronée, danser sa confiance et sa
joie. Danser le soleil qui est né, danser la
lumière dans la nuit. Elle danse pour Pyronée.
Elle danse pour les Enfants sans Noms, qui ne savent pas encore que
tout va changer.
Belle histoire, belle histoire,
Soleil qui illumine les eaux
Noires
Tial, Yuuki, Pyronée et Dido sont rentrés
à la maison, Gimfang a prit le commandement en l'absence de
Pyronée. Dans les allées et les couloirs de
l'île, la nouvelle commence à se propager chez les
Enfants. La fille du Soleil est apparut, elle va rassembler tous les
Enfants sans Noms. Ils sont tous prêt à la suivre.
Lune, vers une séparation
Sur l'île d'Algos, les maisons s'entassent toujours les unes
sur les autres, les jardins des Nobles s'étalent au-dessus,
et la Garde pourchasse les Enfants sans Noms dans les ruelles et les
tunnels. Sauf que les Enfants sans Noms ne sont plus des Enfants. Ils
ont grandi et la deuxième génération
vient petit à petit grossir leur rang. Ce ne sont plus des
bandes errantes et incontrôlables. C'est une seule bande,
organisée et puissante, controllée d'une main de
fer par la fille du Soleil. Quand un enfant surnuméraire
nait dans une famille, ses parents ne l'abandonnent plus, ils le
confient aux Filles aux Pieds Nus. Ils savent qu'il sera bien
traité, qu'ils pourront le revoir, avoir de ses nouvelles.
Alors ils laissent dans les rues des vêtements, des jouets,
de la nourriture et des livres, à la disposition de tous les
enfants. Ils savent que les ressources seront bien
réparties. Même la Garde laisse plus ou moins
faire, car Pyronée fait régner l'ordre parmi ses
troupes. Oui, ses troupes. Ceux qui ne font pas parti du monde des
Enfants ne peuvent pas le deviner. Mais les jeunes sans Noms qui
grouillent dans les coins sombres sont tous des soldats,
formés, entrainé. Des guerriers.
Car Pyronée est entrée en guerre. En guerre
contre le manque de place et l'interdit de vivre, en guerre contre ceux
qui ont proclamé criminel ses parents, en guerre contre ceux
qui gardent jalousement pour eux l'espace dont d'autres ont besoin pour
vivre. En guerre contre les Anciens Elfes et les Nobles.
Son objectif: l'île de Lohrin et les Jardins. L'île
des Anciens Elfes est très bien
protégée par des courants violents
contrôlés par les magiciens elfiques, nul ne peut
s'approcher sans autorisation. Mais Pyronée connait ceux qui
pourront vaincre le courant: les Grandes Orques, ces terrifiant
monstres marins, noirs et blancs, dont la nage puissante est capable de
vaincre la force des flots. Assistée de son lieutenant
Gimfang, elle est allé à leur recherche, et a
commencé à les dompter. Quand tout le banc sera
apprivoisé, les Enfants pourront prendre pied sur
l'île de Lohrin et s'installer. Quant aux Jardins des Nobles
dans les hauteurs des autres îles, les
représentants des étages inférieurs et
médians se sont alliés pour faire pression sur
l'Assemblée, menaçant de couper l'acheminement
des vivres et de l'Eau vers le haut. Les négociations sont
en cours pour transformer certains jardins en quartiers d'habitations.
Belle histoire, belle histoire,
Lune qui scintille sur l'eau
Noire
Une grande Elfe à la peau brune regarde les
allées et venues entre les échoppes du
marché. Tout semble bien se passer. Les Filles de garde sont
vigilantes. Elle saute sur un pilier et grimpe lestement dans les
étages supérieurs. Suspendue dans le vide,
plusieurs dizaine de mètres au-dessus des Ports, elle laisse
ses cheveux blonds pendre dans le vent et briller sous les rayons du
soleil. Les yeux clos, elle écoute les accords
réguliers du piano sortant d'une fenêtre proche.
Quand la mélodie s'arrête, elle bondit sur le
rebord et entre dans la pièce. Mais Yuuki n'a pas fini.
Seule au milieu, elle est encore en train de s'exercer.
Concentrée dans le silence, elle courbe les bras, ses pieds
bien à plat sur le sol. Puis elle monte sur ses pieds,
s'étirant lentement vers le plafond. Elle tourne
gracieusement la tête, plonge ses yeux clairs dans ceux de
Pyronée et sourit.
Pyronée: "Ne te déranges pas. Je peux t'attendre."
Yuuki aquiesce en silence et continue à
répêter inlassablement son mouvement. Elle tend
à la perfection, technique et expressive. Humaine, elle n'a
pas légereté aérienne des Elfes, mais
sa grâce terrestre lui permettent de prétendre au
plus grand des honneurs pour une apprentie danseuse: devenir
élève des Anciens Elfes. Détenteurs du
savoir anciens, maitres centenaires, ils reçoivent sur leur
îles les meilleurs apprentis de tous les arts pour les former
à l'excellence. La sélection des candidats
autorisés à poser le pied sur l'île de
Lohrin est extrement sévère, seul un petit nombre
de personne sont choisis par les Maitres Elfes chaque année.
Et Yuuki a décider de tenter sa chance cette fois-ci.
Yuuki repose gracieusement son pied à terre et se tourne
vers Pyronée. Son regard bleu clair croise celui ardent de
l'elfe.
Yuuki: "Pyronée... c'est après-demain. Je vais
monter dans la Haute-cour présenter ma danse aux Juges
Elfes. Si je suis prise..."
Pyronée: "Tu partiras. Tu quittera les Ports pour
l'île ancienne. Je sais."
Yuuki: "Pyro... "
Pyronée: "C'est ta décision, et je la soutiens.
Va sur l'île ancienne, va montrer à ces vieux
elfes confits dans leurs isolement à quel point les gens des
autres îles sont vivants. Je te fais confiance pour les
éblouir."
Yuuki:"Je ne pourrais pas revenir... pendant plusieurs
années. Je deviendrais une élève des
Anciens. J'ai peur... d'oublier la vie d'ici."
Pyronée: " Je te fais confiance, Yuuki. Tu ne te perdras
pas, tu n'oublieras pas que tu es une Fille des Ports. Tu n'oublieras
pas notre combat. Tu ne nous oublieras pas. Nous ne
t'oublierons pas non plus. Nous penserons à toi. "
Yuuki: "Merci, Pyronée. J'irais, je donnerai le meilleur de
ma danse pour y aller. Je ferais honneur aux Filles aux Pieds Nus. "
Ni l'une ni l'autre n'évoquent la longue
séparation. Elles ont foi. Leur lien ne se brisera pas
malgré la distance. Elle sont pour
l'éternité Kerne et Hourie.
Belle histoire, belle histoire,
Lune qui scintille sur l'eau
Noire
Toute la famille a accompagné Yuuki à
l'étage juste sous les quartiers nobles. C'est dans cette
grande place qu'auront lieu les auditions. Les juges des Anciens Elfes
sont déjà là. Quelques jours
auparavant, ils sont arrivés par la mer. Ils ont
abordés au Ports puis sont monté sous bonne
escorte jusqu'en haut de l'échauffadage. En passant, ils
n'ont même pas jetté un regard aux gens qui
vivaient en bas, alors que les yeux curieux de tous les
enfants des Ports les ont suivis et détaillés
avec attention. C'est avec ces gens que leur Yuuki va peut-etre partir.
Yuuki aussi a assisté à l'arrivée des
Juge, de loin. Son coeur s'est mis à battre la chamade quand
elle a reconnu l'un d'entre eux. Le Grand Maître Daradan. Le
plus grand Danseur de tout Ossée, et un des enseignants les
plus réputés. Les années
précédentes, Yuuki a put assister à la
plupart des ballet qu'il a dansé, et elle en garde encore un
souvenir emmerveillé. Daradan mérite
véritablement sont titre de Grand Maître.
Par sécurité, Pyronée a interdit
à ses filles de monter et d'aller sur la place. Les Gardes
des hauts quartiers seront en masse pour veiller à ce
qu'aucun incident ne vienne perturber l'évenement. Ce serait
dangereux pour les jeunes clandestines. La foule est
déjà dense car les auditions seront publiques.
C'est toujours un spectacle très
apprécié par les Osséans, qu'ils
soient d'origine nobles ou qu'ils viennent des Ports. Les candidats se
pressent à l'arrière de la scène, tous
vêtue de blanc suivant la tradition. Musiciens,
compositeurs, danseurs, ils viennent tous tenter leur chance,
éspérant avoir l'honneur d'être admis
sur l'Ile Ancienne.
Tial et Pyronée accompagnent Yuuki dans les coulisses pour
l'aider à se préparer. Au milieu des tutus
froufroutants et constellés de paillettes des autres
danseuses, Yuuki tranche par sa sobreté: un simple maillot
blanc, et un corsaire blanc orné d'une ceinture
brodée, des pointes blanches, et ses cheveux noirs comme la
nuit coupés courts et sans entraves. Yuuki n'aurait de
toutes façons pas pu s'offrir un tutu de grand luxe comme
les jeunes nobles, et la simplicité lui convient mieux.
Pourtant, même sans aucun ornement, elle est bien plus belle
que la horde de fillettes orgueilleuses et méprisantes qui
font mine de l'ignorer.
Le seul luxe de Yuuki, c'est son musicien. C'est Tial. Elle lui a
demandé de jouer à la flute la musique sur
laquelle elle va danser, plutôt que de confier la partition
à l'orchestre ou à un candidat musicien. Et Tial
a écrit une musique rien que pour sa soeur, une musique qui
lui convient parfaitement. D'autres jeunes filles ont elles aussi leurs
musiciens attitrés, employés, amis ou parents,
c'est une pratique courante.
A l'exterieur, le concours a déjà
commencé par les prestations des musiciens et des chanteurs,
tous de grands talents. L'un d'entre eux aura-t-il cet
éclat, ce don particulier que cherchent les juges Elfiques?
Dans les coulisses, la tension monte , presque palpable. Les tutus
froufroutants s'agitent et se froissent, les mains se tordent
d'angoisse, les larmes coulent et brouillent le savant maquillage. Mais
Yuuki, protégée par la présence
ardente et ferme de Pyronée à coté
d'elle, résiste à la pression. Paisible comme la
Lune de qui elle tient son surnom, elle concentre son energie en
attendant son passage. Elle sera une des dernières
à passer, car l'ordre a été
essentiellement établis sur des critères de
richesses et de noblesses. Ce sont les places les plus difficiles, car
les juges sont, soit lassé par la
médiocrité, soit déjà
convaincu par une candidate précédente. Mais
c'est aussi le moment où elle peut briller de tous ses feux,
effacer par sa simple présence le faible éclat
des étoiles couvertes de paillettes.
Belle histoire, belle histoire,
Lune qui scintille sur l'eau
Noire.
"Candidate Yuuki, danse: Reflet de la Lune sur l'eau noire."
Au milieu des ballerines déjà passée
et qui papotent, Yuuki se lève et monte sur la
scène, suivi de Tial. Ce dernier se place sur le
coté, et Yuuki au centre. Après avoir
salué les juges, elle se tourne vers le milieu du public,
cette place où s'entassent les gens simples et les pauvres
des Ports. Alors que dans les tribunes les bavardages continuent, sur
le sol de la place, le silence règne. Nombreux ne sont venus
que pour la voir danser, elle, la fille de la Lune, la danseuse des
Ports.
Et Yuuki dansera pour eux, elle l'a décidé. Elle
ne danse pas pour ceux qui l'évalueront, pas même
pour maître Daradan, mais pour le public. Elle n'a pas besoin
de regarder son frère pour savoir à quel moment
il va commencer à jouer. Avec une synchronisation parfaite,
la main de Yuuki s'est lévée en même
temps que la première note de la flûte.
Danse, Yuuki. Danse comme tu as toujours dansé. Pleine de
vie et d'émotions, une présence radieuse maniant
une technique qui ne demande qu'à progresser encore
et encore. Dans les tribunes, les caquettages se sont tus. La
musique a charmé leurs oreilles, les pas ont
attirés leurs yeux. Pour les siens, Yuuki donne le meilleur
d'elle-même sur la scène. Pour la
fierté des enfants des Ports, elle brille devant les Anciens
et les Nobles. La Lune qui danse sur l'eau brille de mille
éclats. Les juges ont déjà
oubliés les autres candidates, vides et sans âme.
Celle-là, celle-là a l'eclat, celle-là
seule est digne le poser les pieds sur la Terre Sacrée des
Anciens Elfes.
Un profond silence tombe sur l'assemblée tandis que
résonne la dernière note. Puis un
frémissement, et les applaudissements éclatent et
crépitent. Yuuki se redresse, mentalement
épuisée, vidée, mais heureuse. A son
public qui l'a soutenu avec chaleur, elle adresse le plus beau des
sourires, avant de le saluer, de saluer les juges, et de retourner dans
les coulisses avec Tial.
L'accueil qu'on lui fait est franchement hostiles, les autres
candidates la regardent les yeux pleins de colère, de haines
et de jalousies. Mais leurs regards noirs se dissipent comme ombre au
soleil dès que Yuuki voit la crinière
dorée de Pyronée qui se précipite vers
elle. Elles tombent dans les bras l'une de l'autre.
Pyronée: " Tu as été... lumineuse,
Yuuki, c'était absolument magnifique! "
Yuuki: "Merci, Pyronée... "
Un organisateur un peu embarrassé s'approche de Tial: "Hum,
vous savez, vous pouvez encore concourir. Si ce morceau est de vous,
vous pourrez passer après la danse, dans la session des
compositeurs."
Les yeux pleins d'étoiles de Tial regardent l'organisateur
tranquillement: "Je vous remercie, mais je n'ai pas l'intention de
concourir. Je préfère rester dans les Ports et
jouer pour les gens qui y vivent."
Yuuki sourit. Ce n'est pas le rêve de Tial d'aller sur
l'île ancienne. L'organisateur ne semble pas comprendre, et
il se retire en secouant la tête: "Quel gâchis,
quel gâchis... "
Pyronée: " Pff! De toutes façons, Tial n'a pas
besoin de l'enseignement des anciens Elfes!"
A la suite de Yuuki, les quelques candidates qui restent passent sur
scènes les unes après les autres, sans
réelle motivation. Elle savent qu'elles ne peuvent
égaler la prestation de la Lune. Enfin, toutes les
candidates sont appelée sur scène, mais certaines
sont déjà partie, refusant de subir l'humiliation
publique de ne pas avoir été choisie. Le troupeau
froufroutant monte sans énergie sur la scène,
laissant Yuuki à l'écart, telle une horde de
poules ayant découvert un cygne au milieu d'elles.
Le Grand Maître Daradan en personne se lève et
monte sur scène, marchant avec la grâce
innée des Elfes. Il se tourne vers le public pour saluer,
puis vers l'ensemble des ballerines.
Daradan: " Jeunes demoiselles pleines de talents, vous avez toutes
dansé avec toute votre âme et de toutes vos
forces, et les juges ont apprécié vos efforts.
Cette année, nous avons choisi une seule danseuse dont le
talent lui donne une place parmi les élèves de
l'ile de Lohrin."
Les autres filles ravalent leur tristesse et baissent les yeux, Yuuki
reste calme et immobile, attendant la suite. Elle n'est pas du genre
à crier victoire trop vite. Le Maître Elfe vient
se placer devant elle et lui tend la main.
Daradan: " Yuuki, danseuse de la Lune, avance-toi."
Yuuki prend la main de l'Elfe, un peu tremblante malgrè
elle. Guidée par Daradan elle s'avance sur le devant de la
scène où la phrase traditionelle est
clamée par tous les Elfes: " Honneur à notre
nouvelle élève!"
Le public reprend en coeur avec une puissance inhabituelle: " Honneur
à la nouvelle élève!!!"
Belle histoire, belle histoire,
Lune qui scintille sur l'eau
Noire
L'aube rose qui se lève sur la mer eclaire les
pêcheurs qui reviennent au Ports et quatre silhouettes
assises le long des docks, les pieds trainant dans l'eau. Toute la
nuit, ils ont fêté, chanté et
dansé le triomphe de la filles des Ports. Mais comme l'heure
du départ approche, Tial, Yuuki, Pyronée et Dido
se sont isolés pour passer leur derniers moments ensemble.
Silencieux, ils regardent la mer. Trois Elfes et une humaine
fatiguée tournent leurs regard dans la direction de la
lointaine île de Lohrin. Ce matin, Yuuki va partir sur le
bateau des Anciens Elfes.
Caressant la tête blonde de Dido couchée sur ses
genoux, Yuuki se pose une question. Elle finit par la poser
à haute voix à son amie et Kerne
Pyronée.
Yuuki: "Pyronée, je serais pendant un an sur l'île
de Lohrin. Je pourrais savoir quelles sont leurs défenses,
les moyens d'approcher l'île..."
Mais Pyronée la coupe: " Yuuki, tu vas là-bas
pour apprendre la danse, et pour rien d'autre. Je ne veux pas que tu te
préoccupes de faire de l'espionnage. La guerre, c'est mon
problème, pas le tien. Chacun à sa place."
Yuuki: "Mais là-bas, je serais inutile aux Enfants des
Ports, je serais inutile à toi, Pyronée. Je ne
pourrais pas te servir."
Pyronée sourit. Elle connait la loyauté de Yuuki
envers elle.
Pyronée: " Tant que tu ne nous oublieras pas, tant que tu
croiras en moi, Yuuki, tu seras ma force. Où que je sois, je
serais soutenue par la lumière de la Lune, et je sais
qu'elle brillera pour moi."
Yuuki baisse les yeux. Pyronée se lève et tire
Yuuki pour qu'elle se lève à son tour.
Pyronée: " Yuuki, garde la tête haute. Tu es une
enfant des Ports. Témoigne de notre grandeur par ta seule
présence auprès des Anciens Elfes. Montre leur ce
que valent les filles d'humains. C'est la mission que je te confie."
Les mains brune de Pyronée serrent les mains blanches de
Yuuki avec force. Les yeux dans ses yeux, Pyronée prononce
sa foi: "Je serais toujours avec toi."
Les mains de Tial et Dido les rejoignent: "Nous, tous, nous serons
toujours avec toi. Notre lien ne sera jamais brisé."
Tous les Ports sont venus saluer le départ de leur
éclat de Lune, les docks, les échafaudages et
l'eau sont remplis d'enfants des ports qui agitent les mains. Sur le
Pont, les parents de Yuuki regardent s'éloigner le
bateau ramenant sur l'île de Lohrin les anciens
Elfes, et leur fille.
Belle histoire, belle histoire,
Lune qui scintille sur l'eau
Noire
Etoiles, l'île des Anciens Elfes
Sur le bateau vers l'île de Lohrin, Yuuki reste
tranquillement assise à regarder la mer et l'île
approchant. C'est la première fois qu'elle s'aventure aussi
loin dans ces eaux. Les simples nageuses et les bateaux ordinaires ne
peuvent y arriver, les courants magique qui entourent la zone
empêchent toutes intrusions. Daradan, le Grand
maître Elfique de la danse, s'approche de son
élève et Yuuki se tourne vers lui.
Malgré elle, Yuuki sent son coeur qui bat la chamade de
savoir ce Maître qu'elle admire tant tout près
d'elle. Rien que le regarder marcher avec sa grâce
aérienne est un enchantement pour la jeune fille.
Daradan:" A Lohrin, il y a une pension pour les
élèves ordinaires. Mais tu n'es pas une
élève ordinaire, tu peux t'élever
très haut dans l'Art, et je veux guider ton ascension. Je
vais te prendre comme Apprentie personnellement et tu vivras dans ma
demeure. Mon autre apprentie y vit déjà, et je
suis sure que vous vous enrichirez mutuellement."
Yuuki incline la tête en réponse. Elle est trop
émue pour faire sortir les remerciements de sa gorge. Elle
se détourne pour regarder l'île enfin visible.
Pour la fille des Ports, c'est une île étrange.
Non pas un empilement de structures plein de vies, mais une grande et
profonde forêt, vert sombre, nimbée de bancs de
brume blanche et bleue. Au loin sur l'horizon, la grande
barrière de vent, le sortilège qui
protège leur Océan des attaques
extérieures, créé par Calaelen
après la mort du Balrog, il y a de ça plusieurs
siècles. Cette île, ce monde nouveau, sera la
demeure de Yuuki pendant plusieurs années.
Belle histoire, belle histoire,
Les Etoiles qui se reflètent sur l'eau
Noire
Le silence épais, à peine agité par
quelques chants ou note qui meurent entre les épais troncs
des arbres centenaires, la solitude de ces chemins mousseux, des
passerelles tendues entre les arbres, le clair-obscur
enchanté qui règne dans la forêt, toute
l'atmosphère oppresse et inquiète Yuuki,
habituée à la chaleur et la vie bouillonnante des
ports. Elle suit Daradan sans rien dire, regardant avec
inquiétude les palais translucides accrochés aux
cimes des grands arbres. Les maisons ici sont si vastes, si loin les
unes des autres.... Yuuki accélère le pas pour se
rapprocher de son Maître, pour se rassurer par sa
présence.
Enfin, ils atteignent la demeure de Daradan. Une jeune Elfe d'une
grande beauté descend l'escalier en souriant pour
l'accueillir: " Bon retour, Maître Daradan."
Elle est gracieuse et souple comme un cygne, flottant dans les longs
voiles de sa robe, quand elle s'incline devant le Maître. Il
présente les deux femmes: " Voici Deïdre, mon autre
apprentie. Deïdre, je te présente Yuuki, qui va
partager aussi notre demeure. Peux-tu l'aider à se sentir
chez elle?"
Deïdre: " Oui, Maître."
Yuuki salue son ainée d'un bref signe de tête,
Deïdre fait de même, mais son regard n'accueille pas
favorablement cette nouvelle arrivée, cette apprentie qui
vient lui faire concurrence.
Yuuki est conduite dans une des ailes du petit palais, où
Deïdre lui montre une porte blanche ornée de
sculpture: " Voici ta chambre, la mienne est la porte d'en face. Quand
tu auras posé tes bagages, je te ferais visiter la maison."
Impressionnée, Yuuki entre sa chambre, regardant
le sol de marbre reflétant son visage inquiet, les rideaux
blancs du grand lit plus large que son ancienne chambre, la large
fenêtre dont le balcon donne sur le moutonnement sombre de la
forêt, la grande armoire dans laquelle rentrerait la
totalité des effets de sa famille
entière... Tellement d'espace. Ils y a tellement
de place sur cette île, on pourrait y loger tous les enfants
des Ports et tous les bannis sans même être
serré...
Oui, les Anciens Elfes ont le luxe de l'espace, Yuuki le constate en
suivant Deïdre dans cette seule maison. Croyant sans doute
l'égarer, Deïdre l'a aussi menée
à l'extérieur, lui montrant l'école de
danse et de musique, la pension des élèves, la
source d'eau claire sur la place de la Mémoire et le petit
chemin qui mène à la plage. Mais Yuuki a grandi
dans le dédale des Ports, elle ne se perd pas. Ici les
chemins sont d'herbes et de mousses, de branches et de ponts
sculptés dans le cristal, mais ils ne sont pas si
différents des échelles, des cordes et des
planchers de son enfance. Il suffit de les mémoriser, de
repérer les raccourcis, de prendre des repère. Et
quand le soleil se couche, c'est Yuuki qui
précède Deïdre pour revenir
à la maison. Au repas du soir, Yuuki écoutant les
paroles douces et sage de Daradan et les répliques vives de
Deïdre, se sent déjà un peu comme chez
elle. Son nouvel environnement, sa nouvelle vie, elle saurait s'y
adapter et s'habituer.
Le soir, dans cette grande chambre, roulée en boule seule
dans son lit, Yuuki verse quelques larmes en pensant à
Pyronée. Son frère, ses soeurs, ses parents, ses
amis, ils sont si loin. Fermant les yeux, elle
pense à la chaleur dorée de Pyronée et
s'endort, finalement sereine.
Belle histoire, belle histoire,
Les Etoiles qui se reflètent sur l'eau
Noire
Bien que doux et généreux, Daradan est un
maître exigeant avec ses élèves. Yuuki,
Deïdre et les élèves ordinaire
s'exercent sous son regard expert, concentrée et tendues
vers l'excellence. Les jeunes musiciens de la classe de
musique, eux aussi surveillés par leur maître,
leur donnent la mélodie et le rythme pour les faire danser.
Daradan donne un conseil à Deïdre, puis il vient
surveiller le mouvement des bras de Yuuki, ses deux apprenties
progressent bien. A la fin de la leçon, comme à
l'accoutumée, Deïdre part à la suite du
Maitre pour retourner à la maison et se changer, alors que
Yuuki reste avec les autres élèves et se change
dans le vestiaire voisin.
Moins hautaine que Deïrde, elle n'a eut aucun mal à
tisser des liens avec les autres jeunes qui apprennent les arts sur
l'île, et apprécie leur compagnie, quoiqu'elle les
trouve parfois superficiels et futiles.
Pour la plupart, ce sont des enfants de Elfes, de jeunes nobles et de
riches héritiers, qui ont toujours vécu dans les
hauts quartiers. Quelques rares enfant de marchands ou de
pêcheurs, avec qui Yuuki s'est tout de suite sentie proche.
Leur compagnie bruyante est apaisante pour Yuuki qui y retrouve par
moment l'agitation de la vie, en contraste avec le calme lent de la vie
quasi éternelle des Elfes et de la forêt. Avec
l'autre apprentie de Daradan, par une espèce d'accord
tacite, Yuuki s'en tient à la stricte courtoisie. En-dehors
des repas et des cours de danses, elles ne se côtoient pas.
Belle histoire, belle histoire,
Les Etoiles qui se reflètent sur l'eau
Noire
Le silence de la nuit commence à peine à laisser
place à une aube grise, mais Yuuki est
déjà levée, comme tous les matins.
Vêtue de ses vêtements d'îlienne, elle
sort de la maison et commence à courir à petite
foulée sur le chemin. Comme tous les matins, elle explore
l'île en courant, Sans jamais ralentir le rythme, elle court
sur la plage, les chemins de terre, les ponts ou les troncs
inclinés des arbres. Complètement seule avant que
commence le jour, Yuuki savoure ce moment de liberté.
Le bruit d'une course lui fait jeter un regard derrière
elle, un jeune homme est en train de la rattraper. Percival, un
élève harpiste, fils d'un membre du Conseil
influent.
Percival: " Tu es bien matinale, Yuuki. Tu t'échauffes?"
Yuuki regarde devant elle sans répondre. Elle n'a pas de
souffle à gaspiller pour des paroles futiles et il trouble
sa tranquilité. Elle continue à courir. Il suit
le rythme à coté d'elle.
Percival: " Tu fais ça souvent?"
Le sable de la plage commence à crisser sous ses pieds,
c'est le moment du sprint. Yuuki accélère,
surprenant brièvement le jeune homme. Il revient
à sa hauteur, un peu essouflé.
"C'est une coutume des bas quartiers?"
A la fin de la longue ligne droite, portée par son
élan, Yuuki bondit sur les rochers, puis sur un tronc
d'arbre penché. Elle ralentit pour escalader les branches
branches du sommet et arrive enfin sur sa place
préférée. Une longue branche
surplombant la falaise, d'où elle pouvait voir la mer et ce
coté de l'horizon encore sombre. Maintenant immobile, Yuuki
se tient debout au milieu de la branche, ses pieds ouverts et ses bras
inclinés en une position de base. Fermant les yeux, elle
apaise sa respiration, et , lentement, passe d'une position
à l'autre, en équilibre sur cette branche, comme
suspendue au-dessus du vide.
Percival a réussi à la rejoindre, mais il n'ose
pas s'aventurer sur la branche trop fine pour leur deux poids. Il n'ose
pas parler, de peur de la surprendre et de la faire tomber. Il ne peut
que la regarder en silence, inquiet. A la fin de ses exercices, Yuuki
se retourne et le voit, il est toujours là: "Il n'y a pas la
place de courir dans les Bas Quartiers."
C'est sa réponse. Il est surpris. Ils redescendent en
silence de l'arbre et reviennent vers les habitations des Elfes, les
cours vont bientôt commencer. Une nouvelle fois, il essaye de
la questionner: " Tu aimes bien te promener comme ça?"
Yuuki répond: " Oui, j'aime le silence."
Elle marque un point. Il se tait un instant. Mais il n'est pas homme
à pouvoir endurer longtemps le silence, il entame un autre
sujet de conversation: " Tu as l'air bien
intégrée dans le cours maintenant. Tout le monde
ici a été surpris que Daradan prenne une
deuxième apprentie, il paraît que c'est
très rare qu'il y en ait juste une... alors deux.
Où as-tu appris à danser?"
Yuuki: "Dans l'école de danse de mon quartier."
Percival: " Vraiment? tu n'as pas eut de maître particulier?"
Yuuki: "Il n'y en a pas dans le quartier des Ports."
Percival: " Alors tu es telle une perle qui est née sur un
tas de fumier."
Yuuki réplique: " Il y a beaucoup de grands artistes dans
les bas Quartier. Le talent n'est pas réservé au
noble."
Percival a un sourire un peu mérpisant: " Si tu le dis, mais
je ne peux que constater que ces talents des bas quartiers n'arrivent
que rarement jusqu'ici."
Sans colère, Yuuki répond: "C'est parce que les
jeunes nobles médiocres et sans talents ont seuls assez de
temps libre pour s'entraîner pour le concours et se payer des
instruments de luxe, parce que seules les grandes fortunes et les
nobles influent peuvent faire pression sur les juges pour faire
admettre leurs enfants et chasser les concurrents plus pauvres..."
Percival réagit: " Là, Yuuki, tu vas trop loin.
Nous aussi, nous sommes sélectionnés comme tous
les autres..."
Yuuki: "Alors pourquoi un musicien aussi médiocre que toi
a-t-il une place dans le cours de musique des Anciens Elfes?"
Percival: " Comment oses-tu!?"
Yuuki: "Tu devrais pourtant en avoir conscience. Tu n'es pas au niveau.
Tu es un musicien de cour tout juste passable. Je connais dans les
ports des enfants dont les mélodies te feraient honte."
Laissant derrière elle Percival, Yuuki retourne dans sa
chambre. Il faut qu'elle prenne une douche avant de commencer sa
journée.
Belle histoire, belle histoire,
Les Etoiles qui se reflètent sur l'eau
Noire
Après quelques jours à l'éviter,
Percival s'annonce chez Daradan un soir et demande à voir
Yuuki. Un peu surprise de l'audace, elle le reçoit au salon
que le maître a eu le tact de lui laisser. Il s'assoit, il a
l'air un peu gêné: " Yuuki... je... j'ai beaucoup
réfléchi, ces derniers jours. Tu avais raison."
Elle laisse passer le silence.
"Tu es la première personne qui a eut la franchise de me le
dire en face. Je viens seulement de comprendre que... la position de
mon père au Conseil est la seule raison pour laquelle les
Elfes m'ont accepté ici. j'ai été
idiot de croire que mon talent... en était la cause.
Désolé pour ... mon attitude. Je ne savais
vraiment rien."
Puis il relève la tête, son regard brun plongeant
dans les yeux clairs de Yuuki, saisie: " Yuuki, parle moi des Bas
Quartier. Parle moi de ta vie sur les Ports, parle-moi cette partie de
notre pays... dont j'ignores quasiment tout. Toi qui est droite et
franche, dis moi ce que les tiens pensent, ce qu'il
espèrent, ce qu'il veulent."
Yuuki se redresse, sur la défensive, que cherche-t-il?
Peut-elle répondre sans mettre les siens en danger? Pourquoi
l'interroges-t-il?
Il comprend sa réaction: " Ainsi, le peuple des
Bas Quartier se méfie de nous, habitants des Hauts
Quartiers. Vous avez sans doute vos raisons... nous sommes trop loin de
vous, je viens de le comprendre. C'est pour ça que je veux
vous connaître. Vous êtes aussi le peuple
d'Ossée, il ne doit pas y avoir de fossé entre
nous. Yuuki, comble mon ignorance, je t'en prie, et aides moi
à franchir ce fossé."
Ses yeux sont sincères, et Yuuki se prend à
espérer. Si elle parle à ce jeune Noble des
Ports, peut-être pourra-t-il agir pour améliorer
la vie des petites gens et des clandestins...
La discussion a été longue entre Percival et
Yuuki, et il est tard dans la nuit quand il rejoint la pension. Yuuki
s'étire, une fois n'est pas coutume, elle a beaucoup
parlé, et elle est fatiguée maintenant. Sortant
du salon pour regagner sa chambre, elle croise Daradan dans le couloir
éclairé par la Lune: "Bonsoir, Maître."
Daradan: " Bonsoir Yuuki. Ton ami est rentré?"
Il s'assoit sur le bord d'une fenêtre, regardant le paysage
nocturne. Pour une fois seule avec lui, sans Deïdre, Yuuki lui
répond le coeur tranquille: " Oui, je suis
désolée, nous avons longtemps occupé
le salon."
Daradan a un sourire: " Ce n'est rien, les jeunes gens ont le droit
d'avoir de doux moments entre eux."
Yuuki ne comprend pas au premier abord, puis elle se trouble et rougit
violemment: " Oh non, Maitre Daradan, ce n'est pas ça... Je
... je ne fréquentes pas Percival..."
Encore une fois, son coeur s'affole quand le maître
la regarde avec bonté: " Il n'y a là aucun mal."
Yuuki: "C'était juste une discussion, entre amis."
Daradan: " Ce jeune homme a pourtant beaucoup d'affection pour toi..."
Yuuki tombe des nues. Elle ne s'en était pas rendu compte.
Et Pyronée n'était pas là
pour le décourager. Un peu embarrassée,
elle essaye de s'expliquer: " Maître Daradan, je... je ne
suis pas attirée par ce garçon. Ce n'est pas
ça que je suis venue chercher sur cette île, ce
n'est pas ce qui compte dans ma vie."
Daradan la regarde, ses yeux elfiques remplis d'étoiles
brillent et son sourire semble plus chaleureux: " Alors, Yuuki,
qu'est-ce qui compte dans ta vie? a quoi te consacres-tu? "
D'une traite, elle réponds: " La Danse. Je ne me consacre
qu'à la danse."
Et à Pyronée, mais cette pensée reste
secrète, trop sacrée pour être
formulée à voix haute. D'un geste fluide, les
doigts blancs de Daradan repoussent les mèches noires du
front de Yuuki et ses lèvres d'y posent
brièvement: " Tu as ma bénédiction,
Yuuki."
Yuuki tremblante d'émotion le regarde partir avant de
regagner sa chambre et de se jeter sur son lit, le coeur rempli
d'étoiles.
Belle histoire, belle histoire,
Les Etoiles qui se reflètent sur l'eau
Noire
Feu, la danse du Balrog
Dans l'ïle d'ordinaire sereine, un léger vent
d'excitation a commencé à souffler. Cette
année a lieu la cérémonie de
commémoration de la Victoire sur le Balrog. Un grand
spectacle est prévu pour cette occasion, où les
élèves mettront en scène le Ballet
d'Ossée, l'oeuvre qui relate l'histoire de leur peuple et
leur combat contre l'envahisseur. Tous les jeunes artistes, musiciens,
danseurs, peintre, sculpteurs et couturiers sont en effervescence. Ce
spectacle sera l'occasion pour eux de produire le meilleur de leur Art,
en souvenir de cette période où tout a
changé, où beaucoup sont morts.
Belle histoire, belle histoire
Le Feu qui ondule sur l'eau
Noire
La répartition des rôles chez les danseurs n'est
pas encore faites. Qui dansera le Balrog, le premier rôle et
le plus difficile? qui dansera Eldarwen, le second rôle?
Certains chuchotent que Maitre Daradan lui-même pourrait
danser le Balrog, ou alors le jeune Elfe Kstar... peut-être
même Deïdre. Pour Eldarwen, le choix entre Yuuki et
Deïdre sera sans doute serré, aussi, elle sont tout
aussi talentueuse l'une que l'autre. Les rumeurs et les pronostics vont
bon train dans la salle de danse où les
élèves attendent le Maître. Se tenant
à l'écart de ses camarades inférieurs,
Deïdre est sure d'elle, elle sait déjà
que ni Daradan, ni Kstar ne danseront ce ballet. Face à
elle, dans le rôle de Eldarwen, ça ne peut
être que Yuuki.
Le Maître entre, et le silence se fait. Daradan prend la
parole, mettant fin à l'attente: " Je vais vous attribuez
vos rôles dans ce ballet, soyez attentifs."
Il commence par se tourner vers le paquet des
élèves: " Yuuki, tu danseras le rôle du
Balrog."
Un murmure se propage, Deïdre réfrène un
mouvement de surprise, même Yuuki ne s'y attendait pas. Le
coeur battant, elle répond: " Ce... Ce sera un honneur."
Puis Daradan se tourne vers son autre apprentie: " Deïdre, tu
danseras Eldarwen."
Elle incline la tête en réponse. Tandis que le
Maître répartit les autres rôles, Yuuki
regarde dans sa direction et croise les yeux de la jeune Elfe. Elle y
lit la colère et la frustration.
Il y a beaucoup de travail à faire et toutes
répétitions seront maintenant
orientées pour le spectacle. Les
élèves se sont mises au travail
immédiatement après l'annonce de Daradan, pleins
de motivations. A la fin de la répétition, alors
que le groupe part vers les vestiaires, Daradan retient ses deux
apprenties, il veut leur donner des conseils personnels pour leur
rôle. C'est le moment que choisi Deïdre pour
contester: " Maître Daradan, je sais que vous êtes
d'ordinaire bon juge, mais je suis en désaccord avec vous,
cette fois. Mieux que Yuuki, je serais capable de danser le Balrog.
Elle manque encore d'expérience, et vous avec dit
vous-même qu'elle avait moins de grâce que moi!"
Daradan explique patiemment: " Deïdre, tu es une Elfe, comme
moi. Tu est naturellement gracieuse et légère, ta
danse est fluide et scintillante, tes mouvements
éthéré et transparent. C'est pour
ça que tu ne peux danser le Balrog."
Elle reste stupéfaite.
Daradan: " Le Balrog est une créature de chair et
de feu, ses mouvements doivent respirer la puissance et la
détermination. Yuuki, dont la danse est terrestre et
expressive est la seule personne à pouvoir incarner le
Balrog. De plus, c'est un rôle très dur
physiquement, et tu es moins musclée et endurante qu'elle,
je ne suis pas sûr que tu arriveras à endurer ce
rôle, normalement prévu pour un homme."
Deïdre baisse la tête, honteuse, et Daradan la
réconforte: " Tu es par contre exactement celle qui convient
pour incarner l'Efle Eldarwen, noble, fière et
dévouée. Dans ce rôle, tu pourrais
danser au sommet de tes capacités."
La jeune Elfe s'incline, le Maître avait bien jugé.
Belle histoire, belle histoire
Le Feu qui ondule sur l'eau
Noire
Les répétitions s'enchaînent, les
danseurs répètent, les costumiers cousent, les
peintres et les sculpteurs érigent les décors,
les musiciens apprennent leurs partitions. Dans la salle de danse,
Yuuki regarde Daradan conseiller Deïdre. La jeune fille danse,
mais le maître n'a pas l'air satisfait. Yuuki sait ce qui ne
va pas. A la fin de la répétition, les autres
élèves rentrent à la pension, mais
Deïdre n'a pas l'air de vouloir partir. Elle aussi, elle sait
que sa danse n'est pas à la hauteur, qu'il lui manque
quelque chose, elle ne veut pas rester aussi médiocre.
Encore une fois, elle lève l'épée de
Eldarwen... enfin, l'accessoire de scène
représentant l'épée de Eldarwen. Yuuki
la regarde un instant en silence, puis elle sort. Dans le couloir, elle
décroche deux épées ornementales. Deux
vraies épées. Et elle revient dans la salle de
danse.
Yuuki: "Tu n'arriveras à rien avec ce jouet."
Deïdre surprise se retourne d'un bloc et lui lance un regard
furieux.
Yuuki: "C'est impossible de manier une épée aussi
légère de la même
manière qu'une vraie, tes mouvements rendent
artificiels. Tu fais honte à Eldarwen. En plus, tu tiens mal
la poignée."
Deïdre furieuse lance l'accessoire par terre et crie: "
Vraiment?! et bien, montre moi comment tu manie une vraie
épée, alors!"
Yuuki pose une des vraies épée par terre, et elle
lève l'autre d'un seul geste, ses yeux fixés sur
Deïdre. Celle-ci ne peut réprimer un frisson de
peur et un sentiment de recul quand Yuuki avance vers elle d'un
mouvement vif. Puis elle pare, fait tournoyer
l'épée, enchaîne les coups et les
feintes. Elle sait manier l'épée, elle
connaît le sens du combat, elle peut transmettre
l'intensité des batailles dans sa danse. A la fin de la
démonstration, elle tend l'autre épée
à une Deïdre rendue muette par la stupeur. La jeune
Elfe prend la poignée, incertaine, et bascule en avant sous
le poids. Elle doit mettre les deux mains pour la
tenir, et même ainsi, elle a du mal à la maintenir.
Deïdre: " C'est... lourd."
Yuuki: "Regarde, place tes mains comme ça. Maintenant,
lève l'épée."
Deïdre ne discute pas, elle obéit.
Jusqu'à la tombée de la nuit, elle et Yuuki se
sont entraînées au maniement de
l'épée, et la jeune Elfe est
épuisée. Ses bras la tirent d'avoir
soulevé un tel poids, la peau de ses mains est
rougies et écorchée par la poignée,
ses jambes tremblent. Un peu hébétée,
elle regarde ses mains: " Alors c'est ça.... manier
l'épée...."
La grâce aérienne, les gestes délicats,
le corps fins comme un cristal... la danse de
l'épée n'est rien de tout cela. C'est une danse
dure et cinglante, qui raconte la guerre, la douleur et la mort, c'est
une danse mêlée de désespoir et de
bravoure. Tout ce que Deïdre n'a jamais connu, tout ce qui lui
manque pour danser cette danse.
Deïdre: " Yuuki... Je dois m'endurcir, je dois apprendre
à me battre. Ce n'est pas une danse que nous devons jouer,
c'est un véritable duel. Toi qui connais
déjà le langage du métal,
apprends-moi, apprends-moi à être une
guerrière."
L'Elfe est prête à relever le défi.
Elle doit apprendre une autre manière de danser, elle a peu
de temps, mais elle le fera. Elle le fera pour rendre honneur
à Eldarwen, à cette noble Elfe qui s'est
sacrifiée, à la mère de Calaelen.
Belle histoire, belle histoire
Le Feu qui ondule sur l'eau
Noire
La scène a été installé sur
l'eau, une série de grands radeaux flottants,
accrochés exactement à l'endroit où a
eut lieu la dernière bataille. Sur chacun des radeaux, un
décor somptueux ouvert pour permettre la plus large vision.
Sur l'un, les grands arbres et les palais blancs des Elfes. Sur
l'autre, les maisons et les rochers représentant les
îles des hommes et des Nains. Sur un troisième
radeau, une étendue noire représentant un ocean
surplombé de lourds nuages et de tempête. Tout
autour des scènes, amassés sur des bateaux,
flottants sur des rondins ou même simplement nageant pour se
tenir à la surface de l'eau, les spectateurs de toutes les
îles sont venus en nombre. Naturellement, les anciens elfes
et les nobles se sont attribué les meilleurs place, celles
qui font face, mais l'océan est assez vaste pour accueillir
tout ceux qui veulent assister à
l'événement, qui n'a lieu qu'une fois par
siècle.
La nuit est enfin tombé, et la magie des Elfes illumine les
scènes. Une salve d'applaudissement vient saluer
Maître Daradan apparaissant sur scène.
Saluant Calaelen, la fille de Eldarwen, il donne le signal du
spectacle. La musique joue ses premières note, toutes les
scènes s'éteignent sauf la scène des
hommes et la narration commence: "Autrefois vivaient sur les
îles quatre peuples séparés. Elfes,
Nains, Hommes et Hobits, chacun vaquant à ses affaires sans
se préoccuper des autres. Tac, tac, tac entendez-vous le
bruit de la mine...."
Cachées dans les loges sous le décors, Yuuki et
Deïdre se concentrent, attendant le moment où elle
devront entrer en scène. Une lourde pression pèse
sur Deïdre, car Calaelen, la fille de Eldarwen, la regardera
de toute son âme, elle qui était une toute jeune
enfant à l'époque où le drame
s'était produit.
Comme la narration introduit le peuple des elfes sur son île,
Deïdre et les autres danseurs représentant les
Elfes, vêtus de voiles, montent sur leur scène
maintenant éclairée pour danser leur tableau.
Yuuki et les danseurs noirs et rouges restent seuls dans les loges. Ce
n'est pas encore leur moment. Les yeux clos, Yuuki écoute
les battements de son coeur, sent la chaleur qui martèle ses
tempes. Ce n'est pas que le trac. Ce qu'elle ressent, c'est la chaleur
de Pyronée. Elle est là, quelque part dans cette
foule, elle va la regarder danser. Yuuki le sait.
Soudain, la musique change de tonalité, devient oppressante,
alors que le narrateur d'une voix forte déclame: " De
sombres nuages obscurcissent le ciel, la tempête souffle et
fait rage, quel mauvais présage, quel mauvais
présage!"Et la musique s'arrête. Plus un bruit ne
retentit, les danseurs Elfes sont figés en un tableau
représentant l'inquiétude et l'attente, tout le
monde retient son souffle. Et le Balrog pose son pied noir sur
l'île des Elfes.
La musique sauvage, la danse implacable, c'est le solo du Balrog,
l'arrivée du seigneur des flammes et de la destruction dans
la paix des îles. Yuuki tout entière EST le
Balrog, ressent sa sauvagerie, sa brutalité et sa haine. Le
public tremble d'émotion. Tout le tableau s'anime, la
scène raconte le ravage de l'île des Elfes, le
massacre de leur peuple, l'incendie de la forêt
millénaire, les rares survivants et les enfants
acculés à la mer et ne pouvant
s'échapper... Le son cristallin de la harpe, accompagne
Eldarwen qui se relève au-dessus de son peuple
apeuré. Seule à danser, Deïdre raconte
la prière de Eldarwen à Ossée, le Dieu
de l'océan, sur la mélodie claire d'une simple
harpe. Le Dieu de l'océan a entendu sa prière, il
a compatit à la terreur et au désespoir
des Elfes. Etendant ses doigts sacrés sur le cou des
rescapés, il leur donne la vie de l'océan, la
faculté de devenir créatures marines. Devenus
moitié poisson, les Elfes fuient dans la mer. Mais pas
Eldarwen.
Sur la scène de l'île des Elfes, Yuuki et Deidre
restent seules et se font face. Pour couvrir la fuite des siens, pour
empêcher que le Balrog ne partent à leur poursuite
et ne ravage les autres îles, Eldarwen est restée.
Frèle Elfe, son sacrifice lui donne la force de
défier le Seigneur du feu et de se battre avec lui. Les
épées s'entrechoquent et claquent, ce ne sont pas
des accessoires, ce sont des vraies épées et le
public frémit de plus belle. Yuuki gainée de
noire, Deïdre flottant dans les voiles blancs, c'est le grand
duel du Balrog et de Eldarwen. Les deux danseuses sont en parfaite
harmonie, leurs souffles synchronisés, leurs geste
réglés au millimètre par des
journées d'entrainement, par ce lien qui s'est
tissée entre elle au fur et à mesure de leur
confrontation. L'une et l'autre se sont poussés à
aller plus loin, à se dépasser. Et maintenant
leur duo resplendit.
Trois jours et trois nuits, Eldarwen et le Balrog se sont battus sur
l'île réduite en cendre et frappée par
un vent de tempête. L'Elfe tranche une des ailes noires du
Balrog avant de s'effondrer, transpercée par
l'épée de feu. Eldarwen est tombé,
mais le Balrog ne s'en sort pas indemne, il est affaibli et
furieux. La scène s'éteint sous les vivas des
spectateurs.
Après un court entracte, la scène de
l'île des hommes, des nains et des Hobbits s'allume et le
narrateur reprend le fil de l'histoire: " Pendant le combat du vent et
du feu, les Elfes portés par l'océan se sont
échoués sur la plage de l'île, et les
humains leur ont ouverts les bras...." Le corps du ballet danse la
panique qui s'empare des trois autre peuples, puis leur unions sous un
seul serment. Bénis par les doigts d'Ossé, les
quatre peuples devenus un rassemblent leur force, leur
ingéniosité, leur adresse et leur magie pour se
préparer à combattre le Balrog.
Sur l'île des Elfes, le Balrog danse sa rage et sa
colère. Les blessures infligées par Eldarwen ne
guérissent pas, le vent et la pluie s'acharnent sur
l'île et le malmènent, il est ivre de carnage et
de vengeance. De sa seule aile, il s'élance au-dessus de
l'océan, cherchant sa prochaine victime. Quand il voit se
dresser une petite île, il croit l'avoir trouvée
et se pose. Mais le piège se referme sur lui et la fausse
île, construite de toutes pièces, s'enfonce dans
l'océan, entraînant le Balrog avec elle. La sombre
créature se débat, puis s'éteint. Le
Balrog est vaincu et les applaudissements crépitent quand la
musique se tait.
Dans le dernier tableau, tous les peuples sont
mêlés et plus rien ne les distingue. L'enfant
Calaelen pleurant sa mère crée le sort du mur des
tempêtes, muraille de vent furieux séparant leur
océan du reste du monde. Plus aucun danger ne pourra les
attaquer. Sous les acclamations des spectateurs, tous les danseurs
montent sur la scène pour saluer, Yuuki et Deïdre
en tête, radieuses. Descendant du bateau des
invités d'honneur, Calaelen, les larmes aux yeux, les
rejoint sur la scène.
Calaelen: "Enfants, jamais je n'avais vu ce ballet aussi beau, vous
avez dansé à la perfection. Je vous
félicite, et je vous remercie pour la mémoire de
ma mère."
D'un coté de la scène, les applaudissement et les
vivas ne se sont toujours pas arrêté, ils semblent
demander quelque chose et les danseurs étonnés se
tournent. Dans cette direction, ce sont les petites gens, les habitants
des bas quartiers. Soudain, une musique s'élève
de la foule, un orchestre improvisé est en train de
reprendre un morceau de la mélodie. Le coeur battant,
souriante, Yuuki reconnait à l'oreille la flûte de
son frère. Il est là bas, lui et ses musiciens.
Pyronée, Dido, ses parents et tous les enfants sans nom. Ils
sont là pour elle. Daradan se penche vers Yuuki: "Yuuki, ton
public te réclame, répond à son
attente."
Car la musique qu'on entend est celle qui précède
l'arrivée du Balrog. Tous les autres danseurs
dégagent la scène, et Yuuki reste seule au
milieu, éclairée par la lumière
blanche de la Lune et de la magie des Elfes. Elle fait face aux peuples
d'en bas, tournant le dos aux nobles et aux Elfes. Pour eux, pour eux
seulement, pour les siens, pour Pyronée, elle va danser. Le
temps de silence, le premier pas, et le Solo du Balrog
s'élève une nouvelle fois sur l'océan.
C'est le triomphe du feu et la gloire de Yuuki, fille des Ports.
Belle histoire, belle histoire
Le Feu qui ondule sur l'eau
Noire
Nuit, la trahison des Elfes
La fièvre qui avait envahie l'île avec la
préparation du Ballet d'Ossée est
retombée. La vie ordinaire des Elfes et des
élèves a repris son cours paisible. Maintenant
très proches, Yuuki et Deidre s'entraînent
régulièrement ensemble sous la direction de leur
maître. Tout aussi régulièrement,
Percival tente de faire la cour à Yuuki, qui
l'écoute patiemment sans le repousser, mais sans l'accepter
non plus. Elle appartient à Pyronée.
Bien que concentrée sur la danse et ses vagabondages
solitaires dans l'île, Yuuki commence à
s'apercevoir que quelque chose a changé sur l'île
des Anciens Elfes. L'ambiance n'est plus tout à fait la
même. La sérénité et
l'immobilisme des Elfes semble perturbée, ils s'agitent, ils
discutent souvent entre eux d'un air soucieux, se taisant quand des
élèves s'approchent. Même
maître Daradan a changé. Souvent, il regarde
Deidre, et surtout Yuuki, d'un regard sombre. Même dans sa
danse, le changement se ressent. Une danse sombre et sous laquelle
pointe une violence sourde.
Spectatrice indifférente, Yuuki regarde et ressent ce
changement sans comprendre, ni chercher à comprendre.
L'interceptant au cours de sa course d'échauffement matinal,
c'est Percival qui vient lui expliquer la situation. Par un
intermédiaire en visite sur l'île
Percival a obtenu des informations de son père, membre du
Grand Conseil. La situation est critique au Conseil et un clash est sur
le point de se produire entre les Anciens Elfes et le reste de la
population. Sous la pression des bas Quartiers de plus en plus
militants, le Grand Conseil souhaite ouvrir une partie de
l'île des Anciens à la construction d'une
structure d'habitation où pourraient aller vivre une partie
de la population. Evidemment, les Anciens Elfes y sont farouchement
opposés et refusent toute négociation. Craignant
que son fils soit pris en otage par les Elfes, le père de
Percival a pris des arrangements pour le faire quitter l'île.
Yuuki demande calmement: " Et les autres élèves?"
Percival baisse la tête: " Il n'a rien prévu...
Mais écoute, un petit voilier va partir avec la
marée de ce midi à partir de la crique des Lames,
en secret. Je partirais avec et on peut accueillir encore une personne
à bord... Yuuki, sauve-toi avec moi."
Yuuki: "Merci pour l'intention, mais je refuses. Je ne crois pas que
les Elfes s'abaisserons à prendre les
élèves en otage. Si un conflit éclate
vraiment, nous serons sans doute expulsés et je partirais
alors avec les autres."
Percival: " Yuuki, tu idéalises trop les Anciens. C'est leur
Terre et surtout leur privilège auquel le Conseil essaye de
s'attaquer. Ils vont se défendre de toutes leurs forces...
mais ils sont peu nombreux, ils ne savent pas se battre pour la
plupart. Ils sont sûr de perdre! Leur seul moyen de s'en
sortir est de nous prendre en otage pour faire pression sur le conseil.
Ils ont déjà commencé, les courants
autour de l'île sont déjà plus
puissants."
Yuuki: "Percival. Je fais confiance à Maître
Daradan."
Il n'y a plus rien à dire. La foi de Yuuki en Daradan est
totale. Laissant Percival derrière elle, Yuuki reprend sa
course.
Belle histoire, belle histoire,
La Nuit qui tombe sur l'eau
Noire
Toutefois, les révélations de Percival lui
donnent à réfléchir. Autant elle a
confiance en son maître, autant elle n'a pas confiance en
Calaelen totalement. Interrompant son circuit plus tôt que
d'habitude, elle rentre rapidement dans sa chambre, prenant un
raccourci par le balcon. Rapidement, elle enferme dans un coffret
étanche tout ce qu'elle a pu rassembler comme informations
sur l'île. Sa géographie, les courants alentours,
les effectifs des Elfes et les pouvoir qu'ils ont.. tout ce qu'elle a
pu trouvé. Puis, du haut du promontoire Hurlemer, elle lance
le coffret le plus loin possible. A partir d'ici, il y a un courant qui
part vers les autres îles, en profondeur... Yuuki fait
confiance au Dieu Ossée pour mener le coffret à
bon port, à Pyronée.
Longuement, Yuuki a regardé la mer du haut du promontoire,
pensant à ceux se trouvant au loin,
là-bas, les siens, sa famille, Pyronée. Quand
elle se reprend, l'heure du petit-déjeuner est
passée, et elle est même
déjà en retard pour le cours. Tellement en retard
qu'il n'y a plus personne dans la salle de danse à part le
Maitre quand elle rentre. Où sont les autres
élèves? Leurs affaires ne sont même pas
au vestiaires... Yuuki regarde autour d'elle un peu incertaine, mais
elle se reprend pour faire face à Daradan: " Je suis en
retard, je suis désolée."
Daradan a un petit sourire: " Ce n'est pas grave Yuuki, il n'y a pas
cours aujourd'hui. Calaelen t'as convoquée, elle demande
à te voir. Viens, je vais te conduire."
Silencieuse, Yuuki suit Daradan la tête pleine de question
sur cette convocation soudaine. Dehors, seuls ses pas
résonnent sur les dalles de pierres. Il n'y a plus aucun
bruit. Que se passe-t-il? Où sont les
élèves toujours si agités, si
bruyants? Ont-ils eux aussi été
convoqués? Peut-être Calaelen va-t-elle faire un
discours devant tous les élèves.
Non, elle est seule dans la salle des Guides, le centre du Pouvoir de
l'île des Elfes. Assise sur le grand fauteuil de sa fonction,
Calaelen caresse doucement un globe de cristal posé sur ses
genoux, un globe dans lequel la nuit et le feu se tordent. Daradan et
Yuuki saluent Calaelen en entrant.
Calaelen demande: " C'est elle que tu recommandes, Daradan?"
Daradan: " Oui."
Et Calaelen lève ses yeux vers Yuuki, ses lèvres
marmonnant des mots incompréhensibles.
Immédiatement, Yuuki sent son corps qui lui
échappe et elle tombe à terre, consciente mais
incapable de commander ses mouvements. Son âme
affolée voient d'autres Elfes entrer et faire cercle autour
d'elle, avec Daradan qu'elle regarde sans vouloir admettre, sans
vouloir comprendre. Par la fenêtre ouverte, Yuuki distingue
au loin les grands Aquarium du palais dans lequel nagent
frénétiquement des sirènes
entassées. Les autres élèves,
prisonniers. Voilà où ils étaient tous
passés? Mais pourquoi ne l'emmènent-ils pas avec
eux?
Les Elfes restent autour de son corps, traçant des signes
sur le sols et sur sa peau, psalmodiant en langue ancienne des
sortilèges. De plus en plus, Yuuki sent avec horreur une
volonté extérieure prendre le contrôle
sur elle-même, sur cette fille à la peau blanche
allongée sur le marbre. Son âme hurle
intérieurement de peur, de désespoir, de
colère, sans pouvoir s'exprimer extérieurement.
Son corps, ses mouvements, ses pensées ne lui appartiennent
plus. Elle n'est plus qu'une faible lueur prisonnière du
sortilège des Elfes imprimé dans son corps.
Le sort est terminé, les yeux brûlant de joie,
Daradan ordonne: " Yuuki, lève-toi."
D'un mouvement gracieux, le corps de la jeune fille se
relève, ses yeux éteints regardant le vide. Mais
elle est debout. Elle obéit.
Daradan ordonne: "Yuuki, tu sais où est Percival. Va le
trouver... et tue-le."
La jeune fille se met en marche. Sortant du palais, suivant les chemins
déserts de la forêt, elle sait où elle
va.
Belle histoire, belle histoire,
La Nuit qui tombe sur l'eau
Noire
Dans la crique des Lames, le navigateur inquiet tente de convaincre
Percival de partir sans attendre. Mais Percival veut croire que Yuuki
va changer d'avis et le rejoindre. Effectivement, la silhouette de la
jeune fille se découpe en haut du chemin. Le coeur battant,
Percival saute sur la plage pour venir à sa rencontre, mais
son sourire se fige quand son regard croise celui de Yuuki. Froid,
éteint. Il n'a pas le temps de se poser de questions, une
douleur fulgurante transperce son corps. D'un air stupéfait,
il regarde la main de Yuuki tenant le poignard qui vient de se planter
dans son torse. Ses jambes le lâchent, son horizon se voilent
et il chutent, maculant de rouge la tenue blanche de la jeune fille. La
navigateur pousse un cri de rage et il court, arme à la
main, au secours de son maître, mais la lame
précise de Yuuki lui ouvre la gorge d'un seul coup rapide.
Sur le sable de la plage, les deux hommes agonisent sous le visage
impassible de Yuuki. Du haut de la falaise, Daradan regarde la jeune
fille satisfait. Il l'appelle: "Yuuki!"
Elle remontre le chemin pour le rejoindre. Docile, elle le suit
jusqu'à la maison. Du palais de Calaelen, les uns
après les autres, les élèves sortent
en silence, les yeux éteints, suivant leurs maitres.
Ensorcellés, prisonniers.
Au lever du jour, allongée dans le lit de Daradan, le corps
de Yuuki se réveille. Ses cheveux sont devenus d'un blanc
immaculé. Elle a été consicente toute
le long. Elle est toujours consciente, mais son corps et son esprit ne
lui appartiennent plus, elle est esclave de Daradan.
Percival avait raison.
Belle histoire, belle histoire,
La Nuit qui tombe sur l'eau
Noire
Métal, le désespoir des batailles
Pantins dociles aux ordres de leur maîtres, leur esprit
muselé par les sortilèges, les
élèves aux yeux privés de
lumière se dressent debout dans l'île. Tant que
leur maître ne leur ordonne pas de bouger, ils restent la
plupart du temps immobiles, figés, assis ou
allongés, comme perdus dans une rêverie dans fin.
Pourtant, ils sont conscients, ils savent et ressentent tout ce qu'il
se passe autour d'eux, sans pouvoir avoir la moindre emprise sur leur
propre corps. Quels sentiments étouffés par la
magie dorment ou hurlent derrière leurs yeux
éteints?
Sous les ordres de Daradan, Yuuki danse. Toujours aussi belle, toujours
ses mouvements si puissants, si terrestres. Daradant peut
être fière de son élève et
maintenant amante. Son trésor, sa perle rare. Sa
deuxième élève aussi danse,
aérienne Deidre, mais son étoile est Yuuki. Le
sortilège a à peine altéré
l'expression de son visage, depuis toujours, elle avait cette
expression parfois un peu absente, détachée.
Maintenant, cette expression est parfaite. Aucune altération
du visage ne vient déranger le regard du maître,
seul la pureté du geste demeure et attire. Sa
réussite, la danseuse parfaite, la femme parfaite.
Entièrement à lui et lui seul.
Belle histoire, belle histoire,
Métal qui luit sur l'eau
Noire
Forts de leurs otages, les Elfes ont tenté d'imposer leur
loi au Conseil, qui a refusé de céder. Et
même pire, ils sont maintenant prêt à
prendre les armes et attaquer l'île des Anciens pour sauver
les élèves. C'est la guerre. Même
aidés des courants et des vents, que pourront faire une
poignée d'anciens Elfes contre les Forces Armées
des îles qui vont déferler sur eux?
Les homme de la garde, envoyés par le Conseil, sont
déterminés à lancer l'assaut
à tout prix sur l'île des Anciens pour sauver les
jeunes otages. Les bateaux louvoient entre les courants en profitant de
la marée et tentent de se rapprocher de l'île,
encadrés par les nageurs armés.
Mais soudain, leur résolution flanche quand ils voient une
armée qui se dresse sur la plage. l'armée des
otages, des élèves prisonniers. Armes
à la mains, le regard vide, ils se glissent dans l'eau pour
attaquer ceux qui sont censés les libérer.
Comment les envoyés des autres îles pourraient
lever leurs armes contre les élèves, contre les
jeunes de leur propre pays? Les soldats reculent, les bateaux
s'éloignent en pleine pagaille. Reconnaissant un enfant, un
cousin, un frère ou une soeur, certains voient l'espoir de
les sauver. Le premier otage, un apprenti musicien, est
arrivé à proximité des garde, un
harpon à la main. Les gardes évitent son arme et
le contournent, l'encerclant. A plusieurs, ils parviennent à
le désarmer et à le hisser sur un bateau. Ce
n'est qu'un musicien, il ne sait pas se battre, même sous
l'influence d'un sortilège. D'autres jeunes sont
capturés et amené sur les bateaux, mais les
gardes finissent par reculer face aux attaquants venant de
l'île, emmenant avec eux le petit nombre qu'ils ont pu sauver.
Un regard fixe, un mutisme absolu, les gardes ne peuvent que constater
que les otages sont ensorcellés. Que faire d'eux? Ce n'est
pas possible de poursuivre l'attaque sans savoir comment annuler le
sortilège, alors les bateaux du Conseil tournent les voiles
et s'éloignent le plus vite possible de l'île des
Elfes. Echappant aux gardes qui le retenait, un des rescapés
plonge à la mer, retournant vers l'île. Les autres
sont donc enfermés dans les cabines, attachés
pour les ramener à leur île d'origine. Soudain, le
vent tombe, la mer se lisse. Les bateaux ralentissent et
s'arrêtent. Calaelen, la maîtresse des vents, leur
a ordonné de se taire. Heureusement, l'île est
trop loin pour que les otages puisse les attaquer à la nage
ou dans les petites barques des Elfes avant plusieurs heures. Le
Capitaine rassure ses hommes: " Calaelen ne peut interdire au Vent de
souffler éternellement. Il suffit d'attendre qu'elle se
fatigue. Gardez un oeil sur l'océan et soyez prêt
à riposter à toute attaque. Nous utiliserons les
filets lestés pour retenir les attaquants sans les blesser!"
Sur l'île, les Elfes font la même constatation.
Daradan conseille: " Dame Calaelen, ne vous fatiguez pas à
les empêcher de partir. Laissons-les rentrer avec les
quelques otages qu'ils nous ont repris. Ils comprendront vite leur
erreur. Mettons à profit le temps avant leur prochaine
attaque pour améliorer notre système de
défense." Sur la mer, le vent se remet à souffler
et les bateaux du Conseil peuvent filer rejoindre Algos,
l'île principale. Cette première tentative est un
échec.
Un echec complet. Les élèves ramenés
ne peuvent être dés-ensorcelés et ils
doivent être enfermés en permanence. Certains se
suicident sous l'ordre de leur maîtres Elfes, les autres
restent inerte, comme des poupées et se laissent
dépérir. Le Conseil est accablé:
même s'ils arrivent à
récupérer des otages, leurs esprits restent
prisonniers. Les discussions vont bon train au Conseil:
"Il faut contraindre les Elfes à défaire le sort
qu'ils ont jetés!"
"Mais Calaelen a modifié les vents et les courants autour de
l'île, les bateaux lourds ne peuvent approcher!"
" Ils resteront à la limite du pouvoir de Calaelen,
et nous attaquerons par petits groupes avec des embarcation
à rames ou tractées par les dauphins. Avec des
filets lestés, nous pourrons immobiliser les otages s'ils
nous attaquent."
" Il faut réussir à prendre pied sur
l'île à tout prix. Capturons des Elfes pour
négocier la libérations des
élèves."
"Mais ils peuvent ordonner aux otages de se tuer!"
"Il suffit d'un seul Ancien Elfe capturé, et on pourra
négocier à force égal. Calaelen
cédera plutôt que de voir un seul des siens
mourir."
Belle histoire, belle histoire,
Métal qui luit sur l'eau
Noire
Cheveux blancs, peau blanche, signes noirs. Les Elfes ont
utilisés toutes les ressources des Arts anciens de la magie
pour tracer d'étranges signes sur la peau de leurs
élèves prisonniers. Tout comme la marque
d'Ossée fait apparaître le corps de
sirène, les marques noires font apparaître des
armures étincelantes sur le corps des otages, de grandes
ailes blanches aux plumes de mithril s'ouvrent dans leur dos et des
lames elfiques gravées de runes apparaissent dans leurs
mains. Les otages sont devenus une armée volante, les
Guerriers de mithril.
Daradan admire Yuuki et Deidre dans leurs armures blanche. Il a
soigneusement veillé à ce qu'elles soient les
plus belles et les plus puissantes. Il leur dit: " Volez." Et les deux
femmes déploient leurs ailes pour s'envoler dans le ciel.
Derrière elles, tous l'escadron des Guerriers de Mithril se
déploie et s'élance au-dessus de la mer.
Les bateaux du Conseil, lourdement chargés, stationnent
déjà aux limites du
périmètre où agit le pouvoir de
Calaelen. Les gardes armés de filet plombés
descendent à l'eau par petit groupes entourant chacun une
petite barque pleine de filets plombés. Soudain, les
guetteurs sur les mats se mettent à crier, pointant le ciel.
Et l'Escadron de Mithril s'abat sur eux. A la différence de
la première attaque, les otages sont cette fois de
véritables menaces pour les gardes. Les lames elfiques
tranchent sans effort, le fer des épées et des
harpons se brise sur les armures, les guerriers ailées
attaquent en piqué et s'enfuient dans le ciel tour
à tour, harcelant les gardes et les bateaux sans leur donner
la possibilité de répliquer. Le plus terrible de
tous est Yuuki. Guerrière entrainées du temps
où elle arpentait les ports, les lames de ses mains font des
ravages chez les gardes du Conseil. Pour échapper aux
Oiseaux, les guerriers des îles plongent plus profond et
tentent de s'approcher de l'île Ancienne malgré
tout. Mais un autre escadron de guerriers de Mithril les attend sous
les flots, eux aussi armés de lames elfiques, leurs queues
de sirènes recouvertes d'écailles de mithril.
Bientôt, le sang se dilue dans l'eau marine. Les guerriers de
mithril ne connaissent pas la peur, ni l'hésitation, ils se
battent sans s'arrêter, jusqu'à
l'épuisement ou la mort. C'est sans issue.
Le bateau du Conseil lance le signal de la retraite,
récupérant ses troupes
décimées et retournant vers Algos tristement.
L'océan est jonché de cadavres de gardes, mais
aussi d'élèves. Les gardes se sont battus pour
leurs vies. Les guerriers de mithril reviennent docilement à
leurs maîtres Elfes, les mains rouges de sang. Dans leur
coeur, l'horreur de la bataille a imprimé une marque
profonde. Certains yeux ont perdus toute vie, l'esprit est parti, seul
reste le corps. D'autres ont sombré dans la folie ou dans le
désespoir. Dans certains regards, la flamme de la
colère maintient l'esprit éveillé.
Dans les yeux de Yuuki continue à briller le soleil.
S'accrochant au lien qui la lie à Pyronée, Yuuki
résiste à la folie et au désespoir.
Elle attend son heure. Elle attend l'espoir.
Belle histoire, belle histoire,
Métal qui luit sur l'eau
Noire
Entre les Anciens Elfes et le reste du peuple d'Ossée, la
rupture est définitive. Les Anciens ont
été trop loin et leurs exploits passés
ne peuvent suffire à racheter le mal présent. Ils
ont perdus leur prestige et l'estime de la population. Le peuple
d'Ossée ne leur pardonnera pas. C'est la guerre. Pourtant,
même largement en surnombre, les armées du Conseil
ne peuvent pas attaquer directement l'île. Les escadrons de
Mithril patrouillent en permanence autour et les courants rendent toute
manoeuvre difficile pour les bateaux. Si seulement ils pouvaient
attaquer directement les Anciens Elfes.... Il y a eut plusieurs
tentatives pour contourner les escadrons, plusieurs batailles, autant
d'échecs.
Malgré l'embargo total, les Anciens Elfes ne craignent pas
de manquer de moyen de subsistance, car leur île est assez
riche pour subvenir à leur besoin et à ceux de
leur armée d'esclaves. Mais ils n'ont pas beaucoup plus. Le
bois est abondant dans les forêts, mais le minerai est
absent, les roches précieuses n'entrent plus dans le ports.
Les tissus vaporeux sont toujours tissés des mains des Dames
Elfes, mais le fil d'algues et de fibres se fait rare. Il n'est produit
que dans les grands fond près de l'île principale.
Peu à peu, les maisons et les chemins se
dégradent et s'abîment. Les Elfes n'ont plus le
loisir d'en prendre soin et de les embellir. Ils doivent se
défendre, ils doivent produire par eux-même tout
ce qui venait autrefois des autres îles. Le temps joyeux des
Arts et des Contes a diminué, la musique ne
résonne aussi souvent plus entre les grands arbres. Les
élèves de Daradan ne dansent plus non plus. Elles
patrouillent dans les airs, ce sont les plus puissantes des guerriers
de Mithril. C'est dans le combat qu'elles sont le plus utiles,
maintenant.
Vent, la maitresse des tempêtes
Loin des îles, en pleine mer, Pyronée se tient
debout sur la mer. Sous ses pieds, la grande Orque qu'elle a
dompté avance doucement entre les courants. Elle est une
Orqualide, la maîtresse d'e l'Orque. Derrière
elle, les autres Orqualides et leurs montures s'entraînent.
Le coffret étanche que tient Pyronée dans ses
mains contient tout leurs espoirs. Bientôt, ils seront
prêt. Levant ses yeux vers la Lune, Pyronée
exhorte Yuuki: "Tiens bon, Yuuki. Nous arrivons."
Belle histoire, belle histoire,
Le Vent qui perturbe l'eau
Noire
C'est une nuit sans lune et sans vent, où la mer dort comme
une flaque d'encre noire. Silencieusement, de grandes orques glissent
avec aisance dans la baie des l'île des Elfes. Leurs
nageoires puissantes ne craignent pas les courants contraires qui
entourent l'île. Les escadrons de Mithril ne
prêtent pas attention aux grands monstres marins. Ils ont le
droit d'aller et venir librement dans les flots. Cachés par
les grandes Orques, des silhouettes vêtues de noires
rejoignent les falaises et les plages, prenant une à une
pied sur l'île et disparaissant dans l'ombre de la
forêt, sans bruit, sans trace. Ils savent quels
sont les chemins, les passage. Le coffret leur a livré les
secret de l'île. Ils ne se déplacent pas en
groupe, pour ne pas attirer l'attention, mais deux par deux, chacun
ayant sa cible.
Un jeune demi-elfe aux yeux bleus accompagnée d'une petite
hobbit aux cheveux roux se glisse le long du mur d'une maison. La jeune
fille montre un grand arbre dont les branche s'approchent d'un balcon:
"Tial, tu vas pouvoir passer par là, je fais le guet en bas."
Tial: " D'après le plan, c'est la chambre de Daradan, ici."
Son coeur se serre et Fauve lui prend la main pour le
réconforter. Elle sait à quel point il souffre de
ce qui arrive à sa soeur, elle est toujours là
pour le soutenir. Tial sourit en réponse. Le jeune homme
escalade le tronc et bondit sur le balcon, sans un bruit. Traversant
les rideaux de voile salis et déchirés, il entre
dans la pièce, cherchant des yeux le lit où doit
dormir celui qui asservit sa soeur.
Alors qu'il s'approche du grand lit à baldaquin, deux grands
yeux bleus se fixent sur lui et Tial recule. Sa soeur, sa soeur Yuuki
est là aux cotés de Daradan. Sans bouger, elle
regarde son jumeau de ses yeux inertes. Tial reste figé un
long moment. Soudain, il se saisit de son poignard et bondit vers
Daradan encore endormi. Le bruit du métal résonne
dans la pièce et Tial recule d'un bond. Yuuki a
protégé son Maître avec son bras sur
lequel son armure de Mithril est apparu. Elle a ordre de
protéger son maître. Reveillé par le
bruit, Daradan se redresse et s'aperçoit de la
présence de l'intrus. Un bref instant, il est surpris par ce
demi-Elfe qui a le même visage que Yuuki. Mais l'arme qu'il
tient dans sa main le ramène à la
réalité et Dardan ordonne " Yuuki, tue cet
intrus!!"
Elle se lève, déploie ses ailes, son armures et
ses armes elfique. Elle ne peut qu'obéir à son
maître. Sans reculer, Tial soutient le
regard froid de sa soeur. De toute son âme, il l'appelle.
Yuuki reste immobile, comme hypnotisée par les yeux de son
frère. Daradan ordonne une nouvelle fois:" Yuuki, tue cet
intrus!"
Yuuki frémit mais ne bouge pas. Elle résiste, de
toute sa volonté. Elle retient son corps de bouger, les
étoiles dans les yeux de son frère la
soutiennent. Comprenant que le frère permet à la
soeur de résister au sort, Daradan prend sa propre
épée pour attaquer Tial et briser le lien. La
lame Elfique a tôt fait de trancher en deux le simple
poignard de Tial, mais Daradan n'est pas un guerrier. Il manie mal
l'épée, il ne sait pas se battre au corps
à corps. Tial esquive les coups de son adversaire avec
souplesse, cherchant des yeux une autre arme dans la salle.
Tial, prend mon épée.. Tial entend la voix de sa
soeur résonner dans son corps et il jette un oeil vers la
stature immobile de Yuuki. Dans les yeux de sa soeur, la vie a
réapparu et elle lutte pour lever ce bras, cette main qui
tient son épée de mithril. D'un bond, il est
prêt d'elle et sa main vient se superposer sur
celle de sa soeur. D'un seul coup, il fait relever le bras de Yuuki et
sa main tenant fermement l'épée. La lame elfique
s'enfonce profondément dans le torse de Daradan,
emporté par son élan. Le Maître
vacille, le sang aux lèvres avant de tomber à
genoux et de s'effondrer aux pieds de Yuuki. Comme une corde tendue qui
cède, Yuuki se relâche d'un coup serait
tombée elle aussi sans son frère pour la retenir:
" Yuuki!"
S'aggripant à lui, elle chuchote dans un demi-sanglot: "
ça va, Tial.... Je suis enfin libre."
Enfin, elle peut de nouveau diriger son propre corps, l'emprise de
Daradan et le sortilège a disparu d'un seul coup. Enfin,
elle peut serrer son frère dans ses bras, après
une si longue séparation et tant de souffrance.
Yuuki: "Tial... qu'est-ce qui s'est passé? Comment es-tu
arrivé ici?"
Tial sourit: " Je ne suis pas le seul, Yuuki. Nous somme tous
là. Tous les enfants des ports. Nous sommes là
pour vous libérer."
Son visage redevient grave quand il explique: " Nous allons tuer tous
les Anciens Elfes. Un par un, dans la nuit, par traitrise. Comme ils
vous ont trahi. C'est le seul moyen de libérer les
ensorcellés. Le Conseil refusait d'aller aussi loin, mais
nous, nous le ferons. A l'heure qu'il est, le sang est
déjà en train de couler."
Yuuki regarde le corps de Daradan à ses pieds. Elle
l'admirait tant, autrefois. Mais maintenant... Se penchant, elle
ramasse l'épée elfique de son maître
pour la donner à son frère: "Où est
Pyronée?"
Tial sourit: " Elle est aller affronter Calaelen, Avec Dido. Dido est
une maitresse des Vent, elle aussi. Elles seule peuvent affronter
Calaelen."
Yuuki: "Je vais lui prêter main-forte"
"Moi aussi."
Yuuki et Tial se retournent, surpris. Dans l'encadrement de la porte,
Deidre se tient en armure de combat. Elle aussi a
été libérée par la mort de
Daradan. Autrefois, elle était fière de son sang
d'Elfe, elle se sentait semblable aux grands Anciens, elle croyait
appartenir à leur monde. Depuis, elle avait eut le temps de
comprendre son erreur et de méditer sa vengeance. Yuuki
acquiesce en silence. Côte à côte, les
deux grandes guerrières de Mithril sortent sur le balcon.
Tial: " Fauve et moi, on s'occupes des Elfes par ici. Allez tuer
Calaelen."
Belle histoire, belle histoire,
Le Vent qui perturbe l'eau
Noire
Yuuki et Deidre s'envolent en silence et foncent droit vers le palais.
La nuit silencieuse est maintenant percée de cris de joie,
de colère et de pleurs. Les uns après les autres
libérés, les otages peuvent enfin exprimer tout
ce qui étaient dans leur coeur. Ceux qui ont encore le
courage de se battre viennent prêter main forte face aux
Elfes qui tentent de résister ou de s'échapper.
Un grondement sourd résonne et les deux femmes n'ont que le
temps de plonger au sol en rentrant leurs ailes. D'un seul coup, le
vent et la tempête se lèvent et
déferlent sur l'île. Résistant aux
violents courants d'air, Yuuki et Deidre forcent le chemin dans les
grands couloirs du palais. Les cadavres des Anciens Elfes jonchent le
sol, brûlés et méconnaissables, les
murs sont roussis. La puissance du soleil de Pyronée a
surpassé celle des étoiles éternelles.
Au centre du palais, il ne reste que Calaelen, ivre de
colère et de désespoir. Elle a comprit que tout
était perdu quand elle a vu arriver Pyronée et
Dido. Elle a sentit que tous les siens sont morts ou presque. Elle n'a
plus rien que la rage et la douleur. Concentrant tout son pouvoir, elle
tente de ravager l'île et de tuer d'un seul coup tous leurs
attaquants par le vent, pour venger les siens. Mais la jeune Elfe
blonde contient la puissance du vent et s'oppose directement
à sa propre magie. Une Nouvelle maitresse des Vent. La
première à apparaître depuis Calaelen.
Le signe du renouveau, il est temps aux Anciens de laisser la place.
Mais Calaelen s'accroche, environné par ses tourbillons,
elle affronte Dido et Pyronée avec toute
l'énergie du désespoir.
Arrivé par des couloirs détournés
qu'elles connaissent bien, Yuuki et Deidre ont rejoint
Pyronée et Dido qui ont uni leurs forces pour
résister à celle de Calaelen. Revoir
Pyronée réchauffe Yuuki, revoir Yuuki redonne des
forces à Pyronée fatiguée. Sans un
signe, sans un mot, elles se sont retrouvées. Les magies
elfiques sont bloquées l'une contre l'autre, ni Dido, ni
Pyronée, ni Calaelen ne peuvent se permettre le moindre
mouvement, la moindre distraction. Qu'un seul des cotés
flanche et le vent le submergera. Le métal des
épées ne pourra pas forcer la barrière
de tourbillon qui protège Calaelen des attaques,
mais Yuuki et Deirdre, à plat ventre pour minimiser le
pouvoir du vent, tentent petit à petit de se rapprocher de
la chef des Anciens Elfes. Leurs Armures de Mithril les
protège, mais la force du vent est telle qu'elles finissent
par s'immobiliser à moins d'un mêtre de
Calaelen.
Ecrasée par la puissance du tourbillon, Yuuki sent comme une
caresse sur sa main et par réflexe sa main se referme. Elle
regarde et voit dans sa main une mèche de cheveux. Une
mèche des cheveux de Calaelen. Ses longs cheveux contenant
la puissance du vent, les pans de sa longue robe tissée de
fil magique, ses colliers de perles s'agitent tout autour d'elle dans
le tourbillon et passent à portée de main des
deux guerrières à terre. Elles empoignent tout ce
qui passe à leur porté, emmêlant les
cheveux dans leurs armuurs, nouant les tissus dans leur mains. Deidre
et Yuuki n'ont pas besoin de se concerter, elles se sont tellement
battues ensemble, que ça soit dans la danse ou sous
l'emprise de Daradan, qu'elle se comprennent et se synchronisent
instantanément.
D'un seul coup, elles déploient leurs grandes ailes de
mithril. Le vent s'engouffre dedans avec violence, au risque de les
briser, et les soulève brutalement du sol. Mais elles ne
partent pas seules. Entraînée par les cheveux et
les vêtements que les deux guerrières tiennent,
Calaelen aussi a été entrainée. Sous
le choc et la surprise, sa concentration flanche et toute la
tempête se retourne contre elle, ainsi que Deidre et Yuuki.
Les deux femmes ne replient par leurs ailes pour diminuer l'impact, au
contraire, elles offrent le maximum de surface à la surface
du vent. La puissance de la tempête emporte comme des
brindilles les trois femmes attachées ensemble, loin dans le
ciel, sous les cris de Dido et Pyronée.
Belle histoire, belle histoire,
Le Vent qui perturbe l'eau
Noire
La tempête les ballote dans une obscurité absolue,
le vent et la pluie les malmènent, mais Yuuki et Deirdre
tiennent bon. Où est la mer, où est le ciel?
Elles ne le savent plus. Mais peu importe. La violence de l'ouragan
tire et compresse leur corps de toutes part, mais leurs armures de
mithril les protègent. Elles tiendront bon et ne
lâcheront pas Calaelen. Soudain, la tension qu'elles
sentaient dans leurs mains cède et les trois femmes partent
de tout coté, séparées. Le
sang macule les mèches de cheveux et les voiles que tenaient
Deidre et Yuuki et les gouttes rouges se mèlent à
la pluie battante. Comme un pantin désarticulé,
le corps de Calaelen s'enfonce dans l'obscurité et
disparait. Portées par leurs ailes, accrochées
l'une à l'autre, Deidre et Yuuki se laissent porter sans
résister. Sans prévenir, le vent les fait jaillir
au-dessus de la couche de nuage, les sortant de la tempête.
Planant au-dessus de la tempête qui s'apaise, Yuuki et Deidre
reprennent leur souffle et regardent au loin les couleurs de l'aube
éclaircir le ciel. C'est un moment de silence et de paix,
qu'elles savourent autant que leur victoire. Elles se sentent libres.
Regardant l'horizon, Deidre murmure: " Le mur des tempêtes a
disparu."
Yuuki regarde elle aussi dans cette direction. Soudain, sa main se
crispe sur le bras de Deidre et elle désigne du doigt une
ombre lointaine, à peine perceptible dans la pâle
lueur de l'ombre. Le souffle coupé, les deux femmes
regardent cette terre, de l'autre coté du mur des
tempêtes.
La pression et le vent retombent, les deux femmes redescendent et
rejoignent l'île qui résonne des cris de victoire.
Fatiguée mais heureuse, Yuuki se laisse tomber directement
dans les bras de Pyronée et elle ferme les yeux.
Belle histoire, belle histoire,
Le Vent qui perturbe l'eau
Noire
Astre, le renouveau
Sans attendre, Pyronée a pris la situation en main et les
enfants des ports s'organisent. On soigne les blessés, on
réconforte les otages libérés, on
fouille l'île pour vérifier que tous les Elfes
Anciens sont morts. Les orqualides sont reparties vers l'île
principale à grande vitesse. Non pas pour
prévenir le Conseil, mais pour faire charger des bateaux
avec tous les Enfants sans Noms, les clandestins et tout un tas de
volontaire. Toutes voiles dehors, ils reviennent à
l'île des Anciens Elfes avec leur cargaison de nouveau
habitant.
La solide organisation des Enfants des ports se transpose rapidement
sur l'île entière. Il faut faire vite, avant que
les bateaux du conseil n'arrivent. Dido, proclamée Maitresse
des Tempêtes, devient la représentante officielle
de l'île re-baptisée Visia en l'honneur du
sacrifice de cette femme, qui a renoncé à la vie
pour que naisse une nouvelle maiîtresse des
tempêtes. De nouveaux registres sont ouverts et les noms des
gens présents sur l'île y sont incrits les uns
après les autres. Retenant ses larmes, Fauve voit son nom
inscrit sur une des pages. Elle n'est plus une Enfant sans nom, elle
est maintenant citoyenne officielle de l'île de Visia. Tial
lui sourit: " On va pouvoir se marier, maintenant."
Belle histoire, belle histoire,
les astres, l'eau qui n'est plus
Noire
Quand Yuuki ouvre les yeux, après un long sommeil,
l'île a déjà changé de
visage. Endommagée par la tempête, l'île
est maintenant en plein reconstruction. Les grands palais où
vivaient quelques Elfes dans de grandes pièces sont en train
de se transformer en petits logements serrés. Un ruban blanc
délimite la partie de la forêt qui sera
préservée, des jardins et des petites cours sont
protégés de la construction pour maintenir un
cadre de vie agréable. Silencieuse, Yuuki rejoint
Pyronée qui étudie le plan d'urbanisation de
l'île. Elle s'assoit à coté d'elle et
appuie sa tête sur son épaule. Pyronée
se tourne vers elle: " Tu t'es enfin réveillée,
Yuuki? Tu te sens comment."
Doucement, Yuuki répond: " ça va." avant de se
blottir d'avantage contre la peau brûlée de sa
compagne. Elle est heureuse d'être de nouveau aux
cotés de Pyronée.
" Yuuki.. tu m'as manquée."
" Toi aussi."
" Tu ne me quittera plus jamais, Yuuki?"
" Non, plus jamais."
La nouvelle de la victoire contre les Anciens Elfes et de la
reconstruction de l'île a fini par atteindre les hautes
oreilles du Conseil, qui vient officiellement reconnaître la
nouvelle île et récupérer les otages
libérés. D'autres bateaux pleins
d'immigrés vont débarquer sur l'île,
des routes commerciales vont s'établir. La vie va de nouveau
être animée.
De la fenêtre de sa chambre, Yuuki regarde la foule et les
travaux, en silence, avec Deidre. Ce qu'elles ont vécu,
toutes les deux, les hante. Libérées de leur
sortilège, elles restent prisonnière de leurs
souvenirs et de leur douleur. Elles n'arrivent plus à
danser, elles n'arrivent plus à vivre.
Leurs yeux se tournent vers l'horizon et Yuuki dit: "
là-bas, il y avait une terre, n'est-ce pas?"
Deidre confirme d'un signe de tête: " J'ai entendu, il y a
longtemps, le maître raconter qu'au-delà de la
mer, il y avait une terre plus vaste que toutes les île
réunies."
Puis elles se taisent toutes les deux. Evoquer Daradan est difficile.
S'aperçevant de la présence de Pyronée
à la porte, Deidre se retire et la laisse seule avec Yuuki.
Les bras bronzées de la grande Elfes enserrent la blanche
Yuuki : "Yuuki, tu as vu de nouvelles terres, là-bas?"
Yuuki fait signe que oui et s'appuie contre sa compagne pour se
réchauffer.
" Yuuki, tu sais que même l'île de Visia n'est pas
suffisante? Tôt ou tard, le problème de
surpopulation se posera à nouveau. Il faudrait une nouvelle
terre, bien plus vaste, où on pourrait vivre sans s'entasser
les uns sur les autres, sans restreindre les naissances."
Yuuki regarde Pyronée sans comprendre. Regardant l'horizon,
Pyronée explique: " L'organisation de l'île est en
route, les chantiers marchent bien, la sécurité
est assuré, tout va bien se passer, ici. Mais moi,
ça ne me suffit pas. Je veux encore aller plus loin. Je veux
découvrir de nouvelles terres, je veux explorer le monde, je
veux affronter de nouveau défi. Maintenant que le mur des
tempêtes est tombés, nous pouvons aller
où bon nous semble. Yuuki, je veux aller explorer la terre
que tu a vu sur l'horizon. Est-ce que tu veux venir avec moi?"
Yuuki sourit et répond oui.
Belle histoire, belle histoire,
les astres, l'eau qui n'est plus
Noire
Quittant le port de Visia, escorté par des orques, un bateau
pour la première fois mets le cap dans la direction de
l'inconnu. A son bord, des volontaires prêts à
tenter l'aventure, menés par Pyronée. Elle est le
soleil qui guidera leur route.
Sur les quais, Tial et Fauve regardent le bateau s'éloigner.
Une fois de plus, les jumeaux seront séparés pour
longtemps. Mais ils sont adultes, maintenant, chacun ayant à
ses cotés une personne aimante et aimée
à qui ils se consacrent. Ils font chacun leur route, et
seront toujours heureux de se re-croiser. Tial pose sa main sur le
ventre de Fauve. Les futures étoiles vont bientôt
naître.
Dido, entourée des autres officiels qui vont l'aider
à diriger l'île, est déjà
repartie, pour que personne ne la voit pleurer. Elle a un
rôle important à jouer, ici. Sa soeur lui a
transmis la responsabilité de veiller sur les enfants des
ports devenus citoyen. Elle ne trahira pas la confiance de son
aînée. Elle a aussi une île à
rendre habitable et des négociations avec le Conseil en
cours. Elle n'aura pas le temps de se laisser aller. C'est
l'étoile gardienne de l'île.
Le soleil radieux brille sur la mer. Sur le pont du navire, le vent
fait voler doucement les cheveux blancs de Yuuki. Elle lève
les bras, elle tend sa jambe, le pied pointé. Dans le
bruissement des vagues et du vent, la Lune danse la liberté
et l'espoir retrouvé.
Belle histoire, belle histoire,
les astres, l'eau qui n'est plus
Noire
FIN
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